Interview : Jean-Frédéric Chapuis

Entre la Suisse et Dubaï, le Champion Olympique 2014 de ski cross Jean-Frédéric Chapuis s’entraîne durement avant les premières courses au Canada en décembre. Il nous a néanmoins consacré un peu de temps pour répondre à quelques unes de nos interrogations. Retour sur son passé de skieur alpin et son ascension fulgurante en ski cross.

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Jean-Frédéric Chapuis © C.Cattin Val Thorens

Intersport : Expliquez nous rapidement votre parcours. 

J’ai démarré le ski à Val Thorens à l’âge de deux ou trois ans, parce que mes parents y travaillaient. J’étais au club de la station jusqu’ à l’âge de quatorze ans en ski alpin. J’ai ensuite intégré le comité de Savoie jusqu’à dix neuf ans. Puis je suis parti un an en Suisse car j’ai la double nationalité par ma mère. Je m’étais laissé une année pour parvenir à mon objectif qui était d’intégrer l’équipe nationale Suisse. A la fin de cette année il ne me manquait pas grand chose pour que ça fonctionne mais finalement c’est passé juste à côté. Du coup je suis revenu en France. Ils m’ont proposé d’intégrer l’équipe de France de ski cross en tant que partenaire d’entrainement. C’est à dire que je pouvais m’entrainer avec eux mais je ne faisais pas partie de l’équipe officiellement. Et puis comme le ski cross m’attirait depuis des années, c’était le bon moment pour changer. J’ai eu de la chance car la génération qui a fait les jeux de Vancouver en ski cross a en grande partie arrêté, ce qui a permis d’ouvrir des places en équipe de France. La première année de ski cross a tout de suite bien marché parce que je suis arrivé huitième à ma première Coupe du Monde. Tout le monde était surpris parce que c’était la première fois que quelqu’un réussissait aussi vite. Malheureusement au milieu de la saison je me suis cassé un croisé aux Etats-Unis. L’année d’après je suis revenu, j’ai réussi à faire mon premier podium en Coupe du Monde. Et l’année d’après j’étais Champion du Monde puis Champion Olympique. Il me reste maintenant à gagner le général de la Coupe du Monde. Ca fait deux ans que je finis quatrième. Et cette année il y a de nouveau le Championnat du Monde donc j’espère que j’arriverai à défendre mon titre. J’ai passé un été un peu difficile avec mes problèmes de genou donc je n’ai pas pu m’entrainer comme je voulais, mais on va voir aux premières courses où j’en suis et j’espère arriver en forme pour fin janvier.

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Intersport : Quels sont vos premiers souvenirs de ski en tant qu’enfant ?

Mes premiers souvenirs remontent à mes dix ou douze ans, quand on allait sauter les barres rocheuses dans la poudreuse avec mon club. Sinon mon père me raconte souvent que lorsqu’il m’a mis pour la première fois sur des skis, il m’a lâché dans la pente et j’étais tellement content que je ne regardais pas devant. Il a été obligé de me courir après pour que j’évite un pilonne (rires).

Intersport : Quelles ont été vos premières difficultés ?

Je n’ai jamais vraiment eu de difficulté en tant que skieur, ça s’est toujours bien passé. Après, en tant que sportif, il y a eu des moments un peu difficiles au début. Je pensais que je pouvais intégrer l’équipe nationale mais finalement à chaque fois il ne me manquait pas grand chose. C’était difficile à encaisser et de se remotiver pour essayer d’intégrer cette équipe. Après il y a eu la blessure du genou, car quand on se blesse on ne sait pas trop où cela va mener. La période de rééducation dure six mois. Après l’opération, on ne peut pas remonter sur ses skis, il faut compter neuf mois pour être de nouveau en pleine possession de ses moyens. Malgré tout cette blessure m’a beaucoup aidé à comprendre mon corps, à être un peu plus mâture. Elle m’a permis aussi d’apprendre à être patient, chose que j’ai encore du mal à faire (rires).

Intersport : Qu’est-ce que vous aimez dans le ski ?

Ce que j’aime c’est la sensation de vitesse, en particulier dans les courbes et les sauts. Je suis un amateur de sport extrême comme la moto enduro ou le VTT de descente. Chaque sport a son truc particulier mais finalement j’arrive toujours à trouver un point commun avec le ski. J’essaie de conjuguer le plus de sports possibles pour arriver à être polyvalent et développer mon instinct. La moto et le VTT de descente me permettent de prendre des risques pour arriver à m’approcher de ma limite, sans jamais la dépasser. Quand on ne prend plus de risque pendant un moment, on a besoin d’un certain temps d’adaptation lorsqu’on est de nouveau sur les skis. (Conseils pour la reprise du ski)

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Intersport : Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir professionnel ?

Il n’y a personne qui m’a incité à devenir professionnel, mon entourage m’a laissé réaliser mon rêve. J’ai toujours aimé le sport et je voulais vraiment réussir dans ce milieu. Mes parents m’en ont donné les moyens et ça s’est fait au fil des années. C’était un rêve, je m’étais dit que je ferai mon maximum pour voir jusqu’où je pouvais aller. Aujourd’hui j’ai la chance de pouvoir vivre de mon sport. Je n’ai pas de regret pour le ski alpin, au final je pense que le ski cross me correspond mieux.

Intersport : Quel a été le moment le plus marquant dans votre carrière ?

L’un de mes meilleurs souvenirs est le triplé français aux JO de Sotchi. Ca fait quinze ans que je connais Arnaud Bovolenta et Jonathan Midol, qu’on s’entraîne ensemble. J’ai réalisé un de mes rêves en devenant Champion Olympique et ça n’était que plus beau d’être sur le podium avec deux de mes amis. Dans la vie quotidienne ce n’est jamais tout rose. En général j’ai très envie d’aller à l’entrainement mais il y a des jours où j’ai moins le goût. En tout cas on est un super groupe en équipe de France de ski cross, on vit de bons moments tous ensemble, on voyage partout dans le monde. On s’entend tous très bien, c’est un peu comme une grande famille !

Intersport : Quels sont selon vous les ingrédients de votre réussite ?

J’ai la chance d’avoir deux nationalités, mon côté français un peu fun, et mon côté suisse plus perfectionniste, travailleur (rires). Si on parle purement technique, j’ai eu la chance d’être un bon skieur alpin, ce qui est important pour avoir une bonne technique de base. Et puis je suis assez agile, j’aime jouer avec les adversaires. Tous ces aspects me permettent d’être un bon ski crosseur.

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Merci Jean-Frédéric et bonne continuation pour la saison !

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