Les métiers de la montagne : A la rencontre d’un dameur

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A 9h, lors de votre première descente en ski de la journée, vous pouvez apprécier le crissement de la neige sous vos skis. Cet effet, vous le devez aux dameurs qui, toute la nuit, s’efforcent de vous offrir des pistes les plus agréables possibles. Nous avons rencontré Julien, dameur à l’Alpe d’Huez, pour en apprendre plus sur son métier.

2014.02.18 Julien Dameur à L'Alpe d'Huez

2014.02.18 Julien, Dameur à L’Alpe d’Huez
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Intersport : Présentez-vous en 15 secondes !

Julien B.: Je m’appelle Julien et j’ai 28 ans. Je suis dameur depuis 10 ans. J’ai effectué deux saisons au Grand Bornand et je suis à l’Alpe d’Huez depuis maintenant 8 saisons.

 

Intersport : Comment devient-on dameur ?

Julien B.: Pour accéder à ce métier, j’ai réalisé un BEP mécanique sur engins. Il n’y a pas de formation spécifique dans le damage. Ceci m’a permis par la suite d’accéder au monde de la neige. Mon père est dameur aussi et il m’a transmis sa passion !

 

Intersport : Quelle est la journée type d’un dameur ?

Julien B. : A l’Alpe d’Huez nous travaillons en double poste : cinq jours de travail, deux jours de congés. Deux équipes de deux chauffeurs tournent sur la totalité de la nuit pour une seule dameuse qui, elle, travaille toute la nuit. La première équipe travaille de 17h00 à 1h30, avec une coupure de 21h à 22h pour manger. La deuxième équipe, dans laquelle je suis, démarre à 1h30 et travaille ensuite jusqu’à 9h du matin. Les mécaniciens prennent le relais à partir de 10h pour le reste de la journée. Pour ma part, étant un fan de ski, je repère mes traces la nuit puis je vais skier la journée. Je me couche vers 17h puis mets de nouveau mon réveil pour 1h.
Cette méthode de travail est très spécifique à l’Alpe d’Huez et aux grandes stations. Le double poste nous donne du rendement. Cependant, les pistes que l’on va damer à 8h n’auront pas eu le temps de durcir pendant la nuit et seront parfois de moins bonne qualité au cours de la journée.

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Intersport : Comment fonctionne une dameuse ?

Julien B.: Une dameuse a un gros moteur ! La mienne fait 530 chevaux, par exemple. Ce moteur est posé dans un châssis avec des chenilles. Une lame à l’avant sert à couper les bosses, à prendre la neige sur les zones d’accumulation pour la replacer sur les zones d’érosion. A l’arrière, la fraise est un grand tambour denté en fer qui tourne à très grande vitesse afin de concasser la neige. Enfin, des « bavettes » strient la neige et la rend agréable à skier. Pour les pistes à forte pente, nous avons un treuil qui nous aide à remonter la piste et à nous retenir dans la descente.

2014.02.18 Dameuse Alpe d'Huez

2014.02.18 Dameuse Alpe d’Huez
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Intersport : Quelle est la plus grosse difficulté du dameur ?

Julien B. : Les horaires et le rythme de vie sont les plus grosses difficultés, même si les aléas climatiques peuvent aussi parfois être un obstacle.

 

Intersport : Que préférez-vous dans votre métier ?

Julien B.: J’aime beaucoup quand les conditions sont mauvaises : lors de tempêtes ou de grosses chutes de neige. Le métier de dameur peut paraître monotone, car nous effectuons des allers-retours sur un manteau neigeux. Mais il n’en est rien ! Chaque nuit est différente. Il y a toujours un coup de vent différent ou plus d’accumulation de neige à certains endroits qu’à d’autres.

 

Intersport : Une anecdote à nous raconter ?

Julien B.: L’année dernière une journaliste est venue faire une nuit avec moi sur le glacier. Il y avait une tempête de neige et nous sommes partis dans une coulée. La machine était quasiment recouverte. Tout s’est bien terminé bien heureusement. Ce métier peut être dangereux et il faut être très prudent. Nous évoluons à 3000m d’altitude, il fait très froid, il y a du vent. Nous devons souvent sortir de la dameuse pour ancrer le treuil. C’est à ce moment-là que c’est le plus dangereux. Cependant, nous sommes formés, nous connaissons bien la neige, nous avons un plan de damage prévu par les pisteurs donc nous sommes organisés pour contrer ces risques.

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Intersport : Que faites-vous pendant la saison d’été ?

Julien B.: J’ai la chance d’habiter en montagne. Je suis chauffeur d’engins dans les travaux publics de montagnes. L’hiver les chantiers sont mis en suspens, ce qui me permet de faire ma saison de dameur. Quand l’été revient et que la neige commence à fondre, les chantiers reprennent et cela me permet de parfaitement enchainer mes saisons.

 

Intersport : Un conseil pour devenir dameur ?

Julien B.: Il est très important de connaître la mécanique des dameuses, pour être réactif sur une petite panne ou un dépannage par exemple. Après, il faut faire une formation, non spécifique au damage, qui permet de donner les premiers reflexes et sensations de conduite d’un gros engin. Enfin, chose indispensable, il faut être passionné de montagne et de neige.

 

Intersport : Merci Julien et bonne saison à l’Alpe d’Huez !

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