Interview : Marie Marchand-Arvier

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Entre entrainements et compétitions, Marie Marchand-Arvier nous a accordé quelques minutes pour une interview. Retour sur le parcours peu ordinaire d’une petite citadine devenue championne de ski alpin. 

Marie Marchand-Arvier, Interview, Ski alpin

© Marie Marchand-Arvier

Intersport : Comment avez-vous découvert le ski ?

J’ai été initiée dès le plus jeune âge par mes parents qui étaient passionnés de ski. Ils n’étaient pas moniteurs mais ils avaient un très bon niveau. Depuis toute jeune, nous partions en vacances régulièrement au ski avec mes grands frères et mes parents. J’ai commencé les compétitions dès que j’ai eu l’âge. J’ai débuté dans les Vosges car c’était le massif le plus proche de Nancy où nous habitions à l’époque.

Jusqu’à mes 10-12 ans, je skiais « à la touriste » c’est-à-dire que j’allais skier de temps en temps, les weekends puis ensuite j’ai fait rapidement des courses nationales telles que le Coq d’Or (compétition équivalente aux championnats de France pour enfants). Et tout a basculé quand je suis rentrée en seconde, mes entraineurs, mes parents et moi avons décidé de m’inscrire en ski étude dans les Alpes.

Intersport : Dans quel club avez-vous commencé ? 

J’ai été licenciée aux Contamines-Montjoie, c’est une station que mes parents apprécient beaucoup et nous avons souvent skié là-bas quand nous étions enfant.

Intersport : Quelles ont été vos premières difficultés en tant qu’amateur ?

Le plus dur c’est quand j’ai choisi de partir de chez mes parents pour mes études, c’était un peu difficile moralement mais aussi physiquement. Il faut savoir que j’étais une petite citadine qui skiait au final assez peu par rapport à tous les autres jeunes de mon âge. Je pense que dans le panel technique que j’ai pu développer, il y a peut-être un manque, même encore maintenant. J’ai pris un peu de retard sur quelques domaines, et c’est du retard qu’on ne ressent pas sur le moment mais dont on s’aperçoit sur le long terme.

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Intersport : Comment avez-vous vécu la transition amateur / professionnel ?

La transition a été assez naturelle. Le ski reste un sport amateur, on est loin d’être salarié par un club ou par une fédération, donc on garde les pieds sur terre. Cependant l’investissement, lui, il est professionnel, ma vie est consacrée au ski, je dois respecter une hygiène de vie au quotidien.

Ce qui est frappant c’est quand on découvre le circuit international, il faut mettre les bouchés doubles si on veut faire partie des meilleures mondiales. Et chaque année c’est de plus en plus vrai, j’apprends chaque fois plus avec l’expérience, on voit comment les choses se passent, on optimise encore plus la préparation, et l’investissement dans notre sport.

Intersport : Qu’est- ce qui vous a poussé vers le ski de vitesse ?

J’ai pris des cours de vitesse et j’ai été tout de suite assez performante, j’avais les qualités physiques et d’adaptation pour des épreuves de vitesse. C’est donc plutôt la vitesse qui m’a choisi que l’inverse ! (rires).

Intersport : Quels ont été les plus beaux souvenirs de votre carrière ?

Des souvenirs il y en a beaucoup ! Il y a des évènements que j’ai vécu qui ont été forts en émotions négatives mais également en émotions positives.

Je me souviendrai toujours de mes premiers Jeux à Turin en 2006 où j’ai été comme une petite fille. Mon rêve d’enfant se réalisait, j’étais émerveillée même si je n’étais pas dans de supers performances.

J’ai également vécu un moment très fort le jour de mon premier podium : c’était en janvier 2007 j’étais encore jeune, je ne m’y attendais pas du tout car j’étais une outsider sur le circuit.

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Je garderai aussi en mémoire le jour où j’ai décroché la médaille d’argent au championnat à Val d’Isère. C’était un moment fort de ma carrière parce que ce jour-là, j’ai réussi à me sublimer et à profiter vraiment de l’évènement et ça a été fort en terme d’émotions et d’expérience.

Ce sont des étapes dans ma carrière, des moments qui me renforcent d’autant plus après les moments difficiles que j’ai pu vivre avant ou après.

Intersport : Quel a été le moment le plus difficile de votre carrière ?

Sans aucun doute les Jeux Olympiques de Sotchi (2014). C’est une expérience qui a été extrêmement traumatisante pour moi psychologiquement. J’ai été dévastée par l’état dans lequel je suis arrivée, j’étais toute seule, j’étais à mille lieux de pouvoir prétendre à une médaille mais je voulais encore y croire. Ça a été un moment très dur qui m’a fait me poser beaucoup de questions sur ce que je faisais en ski, si j’avais encore envie de continuer.

C’est le souvenir le plus dur je pense mais c’est aussi le plus récent donc c’est celui qui n’a pas eu le temps de cicatriser. (rires)

Intersport : Selon vous, quels sont vos ingrédients de réussite ?

C’est la question piège, je ne sais jamais quoi répondre ! (rires)

Je pense qu’une réussite qu’elle soit sportive ou professionnelle résulte du travail, de la chance et de l’abnégation. Même si j’ai vécu des moments difficiles, je m’accroche et je suis toujours là, j’ai encore envie de me surpasser pour remonter dans les classements. La clé c’est le travail et après il faut savoir aussi saisir les opportunités au bon moment, ça fait partie de la chance et elle ne sourit qu’aux audacieux !

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Intersport : Quelles est votre situation actuelle ?

Je suis au club de Méribel. C’est un choix sportif mais aussi personnel puisque j’habite en Savoie maintenant et c’est pour moi plus naturel de représenter un club savoyard.

Intersport : Quels sont vos projets ? Pensez-vous aux JO 2018 en Corée ?

Alors les JO de 2018, pour l’instant ce n’est pas un avenir pour moi car justement j’ai le traumatisme de Sotchi. Je ne me projette pas du tout dans 4 ans, je ne sais pas si je ferai encore du ski professionnel à haut niveau pour être honnête.

Pour moi l’objectif c’est la saison qui arrive où il y a les championnats du monde à Beaver Creek aux Etats-Unis en février, qui vont être une étape pour ma reconstruction. J’ai envie de revenir sur des bonnes bases et réintégrer le meilleur mondial. L’autre rendez-vous assez important ce sont les finales de coupe du monde qui auront lieu à Méribel du 18 au 22 mars. Ce sera une belle semaine et j’ai vraiment à cœur de réussir mes courses. Il y a des objectifs de performances mais aussi un objectif de retour à un état d’esprit sain et confiant. J’ai aussi envie de retrouver de bonnes sensations, et le sourire à l’arrivée. Et c’est tout aussi important !

 

Merci Marie d’avoir répondu à nos questions, nous vous souhaitons de la réussite pour la saison qui s’annonce !

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