Interview : Guilbaut Colas

10

Guilbaut Colas, Champion du Monde de Ski Acrobatique et vainqueur de la Coupe du Monde en 2011 a maintenant pris sa « retraite » d’athlète pour se concentrer sur de nouveaux projets. Retour sur les joies et les doutes qui ont façonné sa carrière.

Guilbaut Colas, Interview, Ski acrobatique

© Guilbaut Colas

Intersport : Expliquez nous votre parcours.

J’ai commencé le ski à l’âge de 2 ans où je vivais à Chamrousse. A 11 ans, je me suis inscrit au club de ski alpin du village mais j’y ai passé à peine une saison. J’ai arrêté car je n’aimais pas trop être dans une structure et faire des entrainements imposés. J’ai ensuite skié seul, je sautais des barres rocheuses, skiais dans la poudreuse… alors que tous mes amis étaient en club. A l’âge de 13 ans, j’ai rencontré Frédérique Bernard, qui était l’entraineur de ski de bosses de Chamrousse. Il m’avait repéré et m’avait proposé de venir faire une démonstration de big air pour le jour de l’an. J’ai accepté et ça s’est très bien passé. Il m’a ensuite proposé de venir à un entrainement de ski de bosses le lendemain après-midi. Il neigeait beaucoup ce jour là car il y avait au moins 50 cm de poudreuse. J’ai vu Frédérique descendre dans les bosses couvertes de poudreuse. Il s’est arrêté et m’a dit : « Aujourd’hui on ne fait pas de ski de bosses, on fait de la peuf *! ». Nous avons donc skié tout l’après-midi dans la poudreuse. Après cela, je suis arrivé chez moi le soir même et j’ai dit à ma mère que je voulais m’inscrire au club. La première année, je me suis mis doucement au ski de bosses. La deuxième, j’ai fait le circuit Criteriums Jeunes en entier à côté de Candide Thovex, Baptiste Collomb-Patton… les jeunes de la Clusaz qui étaient baignés dans le milieu depuis tout-petit. L’année d’après, j’ai gagné le circuit Criteriums Jeunes, à 14 ans. Puis je suis passé en circuit Coupe de France, ensuite Coupe d’Europe pour enfin intégrer le groupe Coupe du Monde. A partir de ce moment là, j’ai eu beaucoup de mal à percer. J’ai remporté une 13ème place à ma première Coupe du Monde. Comme j’étais presque en finale à 12, je me suis dis que ça allait être facile. Mais cela n’a pas été le cas. A partir de 2006, j’ai commencé à faire des podiums régulièrement et en 2007, j’ai été 2ème au classement général de la Coupe du Monde. Au total, je suis arrivé 2ème au classement général de la Coupe du Monde pendant quatre années consécutives… d’où mon surnom de Raymond Poulidor ! (rires) En 2011, j’ai enfin remporté la première place. Au mois de février, je suis aussi devenu Champion du Monde. Cette année là a été quasiment parfaite. Après j’ai eu des problèmes physiques importants, ce qui m’a empêché de prendre le départ en Coupe du Monde l’année d’après. Je me suis préparé pour revenir mais je me suis blessé la veille de la Coupe du Monde. Après une rééducation, j’étais prêt pour les Jeux Olympiques. Mais encore une fois, la blessure est arrivée car je me suis rompu les ligaments croisés et les deux ménisques la veille de la course. A partir de ce moment j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière. Cela devait être de toute façon ma dernière compétition. J’avais envie de changer, je n’avais plus la même motivation. Maintenant je suis en pleine reconversion.

>>  Buller au spa après le ski

Intersport : Quels sont vos premiers souvenirs de ski en tant qu’enfant ?

Je me souviens que ma mère était derrière moi à pied. Elle me laissait glisser sur un faux plat qui était juste derrière chez moi quand j’étais petit à Chamrousse, au virage de la Croisette. J’allais skier là-bas mais c’étaient vraiment des petits tours. Ma mère me courait après pour me rattraper (rires).

Intersport : Quelles ont été vos premières difficultés en tant que débutant ?

J’avais deux grandes difficultés quand j’étais jeune. La première était de prendre le tire-fesse car j’avais tendance à me faire soulever à 1 ou 2 mètres du sol comme j’étais léger. J’avais les skis qui ne touchaient pas par terre ! La deuxième, c’était de monter sur le télésiège. J’appréhendais vraiment car il fallait que je me fasse porter pour pouvoir m’assoir sur le siège.

Intersport : Quelles ont été vos difficultés en tant que professionnel ?

J’étais un très bon skieur mais j’avais un peu plus de mal sur l’acrobatie et les sauts. C’était mon point faible, je n’étais pas un skieur parfait comme les jeunes canadiens qui sont capables de bien sauter et skier. Par exemple, le français Benjamin Cavet a tout un panel de sauts très complexes et commence à avoir un ski solide. Je fais partie d’une génération qui a vu l’évolution du ski de bosses. La nouvelle génération a connu les acrobaties depuis son plus jeune âge, ce qui n’a pas été mon cas.

Intersport : Quelles sont désormais vos activités après votre « retraite » ?

Au niveau personnel, je fais construire une maison, c’est déjà du travail ! J’ai ensuite gardé des partenaires comme BMW. J’accompagne des clients sur des événements pour faire la promotion de leur technologie X Drive. Je suis un passionné de la marque donc c’est un plaisir. Il y a beaucoup de similitudes entre le ski et l’automobile. Autrement, je suis en train de développer un tabouret pendulaire actif qui s’appelle « Active base », avec deux associés. Cela permet de réactiver les muscles stabilisateurs en étant assis. A l’origine Olivier, mon associé, avait trouvé cette solution pour la rééducation de mon dos. Il s’est avéré que cela a très bien marché donc j’ai proposé qu’on le commercialise. L’objectif va être de la proposer aussi bien en centre de rééducation, qu’en salle de sport ou en entreprise.

>>  Cinq bonnes raisons de se mettre au freerando

Merci Guilbaut et bonne continuation dans vos nouveaux projets !

* poudreuse

10