3 questions à Laurent Davier, rédacteur en chef de Ski Chrono

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Laurent Davier vit pour et par le ski. Il est notamment rédacteur en chef de Ski Chrono, magazine de ski dont il a participé à la création en 2006. Pourtant, Laurent est né dans les îles, en Polynésie française en 1967. Être le « Monsieur ski » en étant natif de Polynésie, un parcours atypique. Pour Laurent, « voir tomber la neige a toujours un côté magique ». Pour WELOVESKI, le dénommé  « petit Killy » de Nouvelle-Zélande se souvient de ses débuts à ski.

WELOVESKI : Quels souvenirs avez-vous de vos débuts en ski ?

Laurent Davier : J’ai découvert la neige en Nouvelle-Zélande. Mes parents étaient profs en Polynésie Française où je suis né, j’y ai vécu 7 ans. Comme mes parents savaient qu’ils allaient rentrer en métropole et qu’ils étaient rattachés à la Haute-Savoie (ndlr : son père est savoyard), ils ont voulu que leurs enfants ne découvrent pas la neige en arrivant dans la région à 7 ou 10 ans ce qui auraient pu être un choc venant des îles ! Alors tous les étés, enfin ce qui était l’hiver pour nous puisque c’est inversé dans l’hémisphère Sud, on allait skier un mois en Nouvelle-Zélande dans une petite station, Coronet Peak. J’ai donc commencé à skier à 3 ans et jusqu’à l’âge de 7 ans, je skiais un mois par an. Je faisais presque autant voir plus de ski que certains enfants de Haute-Savoie ! J’ai appris avec une monitrice particulière qui s’appelait Mia et avec qui je parlais anglais. Je me souviens d’un petit télésiège 2 places que je prenais avec ma monitrice, je passais la journée avec elle, mes parents allant skier avec un autre moniteur. J’étais le seul élève de l’école de ski pendant ces semaines-là, les enfants néo-zélandais étaient à l’école.

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C’était magique. Imaginez, vous êtes à Bora Bora, à 4 ou 5h d’avion de la Nouvelle-Zélande, et vous découvrez la neige, vous changez d’univers du tout au tout ! Je me souviens aussi des skis de mes parents qui faisaient plus de 2 mètres. Je revois ma mère avec ses skis japonais Yamaha de 2m10 (ndlr : le Japon n’est pas loin de la Nouvelle-Zélande, très prisée des japonais) !

Le ski m’a plu tout de suite. Au niveau sensations, je me souviens du côté ludique. Le matériel n’était quand même pas terrible à l’époque, mais j’ai saisi que ce n’était que du plaisir de pouvoir se mouvoir sur la neige et de glisser.

J’ai adhéré au ski parce que c’était un contraste saisissant avec la vie que j’avais dans l’île de Polynésie française où j’étais. Ça a été magique et j’ai conservé un rapport magique avec cet élément : je suis comme un gamin quand il neige ! Et j’ai toujours su que j’allais faire un métier en rapport avec la neige.

 

À gauche: sur le glacier de Saas Fee en Suisse en septembre 2017 pour un reportage avec l’équipe de France de ski à l’entraînement.
À droite: J’ai appris à skier en Nouvelle Zélande dans la station de Coronet Peak à 3 ans car je suis né en Polynésie Française où j’ai vécu jusqu’à 7 ans.

WELOVESKI : Des anecdotes à raconter sur vos débuts ?

Laurent Davier : Pour la petite histoire, Jean-Claude Killy, la star du ski mondial et Léo Lacroix sont passés à Coronet Peak quand on y était après les JO de Grenoble de 1968. Les champions étaient invités par la station et comme j’étais le seul élève français de l’école de ski, ils m’appelaient le petit Jean-Claude Killy.

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Quand je suis arrivé en France à l’âge de 7 ans, j’ai intégré le club des sports d’Annecy-le-Vieux en ski. C’était un club citadin et j’étais avec Edgar Grospiron. On a skié ensemble pendant 4 ou 5 ans avant qu’il n’intègre le club de La Clusaz et qu’il fasse des bosses. Tous les samedis on avait des courses de ski, les « mini coupes » et j’ai un souvenir cocasse. Il y avait une Mini coupe des Aravis à La Clusaz, c’était la première fois que mes parents venaient me voir courir. J’étais dossard 74 et Edgar Grospiron dossard 73. Avec Edgar, on se dit on a le temps. L’entraîneur nous dit de faire de petites pistes pour nous échauffer. Edgar me dit « je connais bien La Clusaz, je vais te faire découvrir un autre coin, à Balme, tu verras c’est super il y a des bosses ». On se barre du stade de slalom du Crêt du Loup et on va à Balme, c’était une expédition (ndlr : il fallait passer par un hors-piste pour relier ces 2 domaines). Évidemment on ne voit pas passer l’heure, on fait des bosses et des 360, imaginez avec Edgar ! Au bout d’un moment on se dit qu’il faut peut-être rentrer. On arrive sur le stade, plus personne, plus de slalom, et là on se dit « mince, on a loupé le départ de la course » ! En bas de pistes, je trouve mes parents inquiets comme tout. Ils avaient déclenché les recherches au PGHM, tout le monde nous cherchait dans la station. On a pris une branlée mémorable. J’avais 11 ans, c’était le samedi du décès de Claude François. Je suis redescendu dans la voiture avec mes parents, il n’y avait pas un mot dans la voiture, il n’y avait que le son de la radio avec un flash spécial constant sur la mort de Claude François le 11 mars 1978.

Au challenge des moniteurs à Serre-Che en 2015 avec Luc Alphand et Jonathan Gaillard de Ski Chrono

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WELOVESKI : Que diriez-vous aux personnes qui débutent ?

Laurent Davier : De faire appel à des professionnels, à des moniteurs pour apprendre à skier ou à des clubs qui ont un encadrement, mais ne pas apprendre tout seul. Le ski fait partie de ces sports techniques comme le golf où il faut être accompagné pour gagner du temps dans la progression, se faire plaisir plus rapidement et progresser. Je conseille de passer par le club ou les moniteurs, surtout pour ses gamins. Apprendre à skier à ses enfants, honnêtement, c’est trop compliqué ! J’ai essayé mais j’ai arrêté très rapidement. C’est bien qu’il y ait quelqu’un d’extérieur qui puisse donner cet enseignement parce qu’on perd patience avec ses enfants. Il faut de la patience, il faut que ça reste du plaisir. Après on a le plaisir de skier avec eux quand ils savent skier et ça c’est génial. Mais honnêtement on n’a rien fait de mieux que le moniteur pour apprendre à skier. C’est sûr que c’est un investissement mais on gagne du temps et on évite de se prendre la tête !

Avec le mag Ski Chrono de retour en Polynésie à Bora Bora, 40 ans après quitté la Polynésie

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NB : Ski Chrono c’est 5 numéros par an et un site internet toute l’année

Laurent Davier supervise également les magazines gratuits Trail & Run au féminin et Freerando distribué en magasin en novembre.

 

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