3 questions à Pierre Tardivel

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« Je ne suis plus un skieur, je ne suis pas encore un snowboardeur » : déclaration choc de Pierre Tardivel devant la caméra de l’émission Riding Zone sur France Ô en 2014. Depuis, Pierre Tardivel est bel et bien un snowboarder, et un snowboarder qui trace en pente raide !
Si vous êtes familiers avec la culture de la montagne, vous savez que cet annecien, né en 1963 a multiplié les premières en plus de trente ans de ski extrême ! Il a même skié l’Everest, depuis le col Sud. Pour ceux à qui le nom Tardivel ne dit rien, il suffit de consulter son blog ou de parcourir ses livres. 

Pierre Tardivel a raconté à WELOVESKI ses premières fois : en ski, en ski extrême et… en snowboard à l’âge de 50 ans !

Pierre Tardivel à la Pointe Blanche en 2015 (Photo Sandra Stavo-Debauge)

Pierre Tardivel à la Pointe Blanche en 2015 (®Photo Sandra Stavo-Debauge)

WELOVESKI : Pierre, des souvenirs de vos débuts en ski ?

Pierre Tardivel : J’ai du mal à me souvenir de mes débuts à skis, si ce n’est que c’est mon père qui m’a appris à skier sur le tard vers l’âge de 7 ou 8 ans. Il m’emmenait de temps en temps à La Clusaz et à la Croix Fry. En CM1, CM2, je prenais le car avec l’école pour aller au ski, mais je ne pouvais pas trop m’éclipser en hors-piste ! Une fois au collège, je prenais toujours le bus, celui du ski club d’Annecy le Vieux, pour aller au Grand-Bornand. Je leur disais que je faisais de la piste, mais en fait j’allais faire du hors-piste, tout seul. A 10-11 ans, j’allais tracer de chaque côté de la Noire du Lachat et c’était super raide, d’ailleurs ça l’est toujours, du 45° ! Je n’avais aucun intérêt à faire de la piste. Mon frère aîné, lui, était à fond de slalom et de compétition, mais moi j’avais horreur de ça. J’avais déjà une passion et ce besoin de sortir. Je ne sais pas d’où ça vient car mon père ne faisait pas de hors-piste !

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J’ai du attendre l’âge de 15 ans pour aller au CAF (Club Alpin Français) d’Annecy et faire mes premières sorties de ski de randonnée. En 1977, les films avec Patrick Vallençant (ndlr : un des pionniers du ski alpinisme) m’ont bien inspiré : Peutray la Blanche, El Gringo Eskiador, de grands classiques.

 

Pierre Tardivel à la rampe Chauchefoin (Photo Sandra Stavo-Debauge)

Pierre Tardivel à la rampe Chauchefoin (®Photo Sandra Stavo-Debauge)

WELOVESKI : comment êtes-vous arrivé au ski extrême et quels souvenirs en gardez-vous?

Pierre Tardivel : Au début c’était le besoin de faire de la montagne. À 10 ans, je faisais de la randonnée pédestre avec mes parents et là, j’ai eu envie de grimper sur les cailloux car ça permettait d’aller plus haut ! On commençait à faire des randonnées plus aériennes, style les Dents de Lanfon au-dessus d’Annecy. Comme je voulais grimper, et que mes parents n’étaient pas alpinistes, mon père a voulu que je m’inscrive au CAF. J’avais 15 ans, c’était l’été. L’hiver qui a suivi je voulais faire du ski de rando et c’est au CAF que j’ai appris pendant une saison. J’ai progressé en suivant leur échelle de difficulté. A l’époque on avait des skis fins et longs ! Au début je tombais à chaque virage, je n’étais pas très bon mais je faisais ma sortie tous les dimanches, je progressais. À la fin de la saison j’étais dans du 45° (pente à 45° autrement dit pente raide !). Or ça commençait à grincer au CAF parce que j’étais mineur, ils ne pouvaient pas tolérer que fasse des choses un peu raides : des pentes du style face Sud du Charvin, Sud Ouest, du 40° soutenu. Ça leur faisait vraiment peur d’autant qu’ils avaient du mal à proposer ce genre de course. Alors ils m’ont fait comprendre que si je voulais faire des trucs plus sérieux, il fallait que je sorte du CAF. Daniel Chauchefoin était là, il m’a dit « tu viens avec moi ». C’était en 1980 et c’est lui qui m’a appris le ski extrême. J’étais tout débutant, j’avais 16-17 ans, et lui en avait 27. À l’époque, il venait de faire les trucs les plus durs qui soient : la première du couloir du diable au Tacul, et surtout la Face Nord des Courtes, la voie des Autrichiens. C’était  majeur et j’avais la chance de partir avec le gars le plus fort de l’époque. De 1980 à 86 on a fait 20 premières* ensemble.

>>  Interview : Marie Marchand-Arvier

*ndlr : des ouvertures de couloirs et de pentes raides

 

Pierre Tardivel (Photo Sandra Stavo-Debauge)

Pierre Tardivel (®Photo Sandra Stavo-Debauge)

 

WELOVESKI : le ski c’est fini ? Racontez-nous vos débuts en snowboard à 50 ans !

Pierre Tardivel : oui car pourquoi faire moins bien quand on peut faire mieux ? J’avais essayé le snow en 1989-90 et je trouvais que c’était hyper facile dans la poudreuse : en deux journées d’apprentissage, on était déjà à fond dans la poudreuse ! Mais j’ai laissé tomber car il n’y avait aucun moyen d’aller en montagne à l’époque. Alors quand j’ai découvert que le matos avait évolué avec des fixations spéciales pour les spliboards (ndlr : snowboard qui se scinde en deux pour l’ascension), du matériel qui permet d’aller en montagne comme un skieur, j’ai eu le déclic, j’avais 50 ans et l’envie de faire de beaux virages comme les snowboarders. J’ai eu de bons profs, Régis Rolland (ndlr : le génie de la glisse des films Apocalypse Snow, un des pionniers du snowboard en France) et Francis Maxit dit « Max » avec qui j’ai fait ma première sortie en snowboard à La Clusaz et mon premier virage sur la piste verte de l’Etrive à Balme. Je me suis d’ailleurs vautré sur le ventre à la sortie du téléski, en frontside ! Au 2ème virage, ça allait mieux avec les conseils de base de Max. J’ai repris le téléski avec beaucoup d’appréhension et je ne suis pas tombé, j’ai même descendu la verte un peu plus vite. Alors on a fait la piste bleue de l’intermédiaire de Balme qui était bien damée, ça allait. Pour la 3ème, on est monté au Fernuy, ce n’était pas damé, c’était plus raide, la neige était variable et trafolée, je n’étais pas à l’aise !  On a enchaîné dans la combe de Borderan en poudreuse, je me déséquilibrais en frontside, je prenais trop d’angle, je m’enfonçais, je n’osais pas aller vite. Voilà pour la première journée découverte. J’ai ensuite fait 2 ou 3 sorties à la Clusaz où j’ai bien progressé, je prenais du plaisir, j’ai eu de supers sensations. À l’issue des 10 sorties en snowboard de cette première saison je passais dans du 40-45° dans des conditions de poudreuse, du bonheur ! Mais dans la même pente en dur, j’étais à la rue, je n’osais pas encore faire des virages, je dérapais.

>>  Interview : Jean-Frédéric Chapuis

 

Pierre et Sandra à la pointe (Photo Sandra Stavo-Debauge) Blanche

Pierre et Sandra à la pointe Blanche (®Photo Sandra Stavo-Debauge)

 

Aujourd’hui Pierre n’a plus ce problème et sa progression en snowboard a été fulgurante. Comme quoi, on peut débuter à tout âge !

Le blog de Pierre 

Son site de vente en ligne de livres de montagne

Aravi’Snow le documentaire sur Pierre Tardivel en splitboard, des extraits de topos vidéos sur

Topo sur le triangle du reposoir

Ses partenaires matériel : Plum, Camp et Gignoux

 

 

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