3 questions à Bruno Bertrand

278

À bientôt 53 ans, Bruno Bertrand, directeur marketing ski chez Salomon, a dédié sa vie au ski et le ski le lui a bien rendu. Né à Serre Chevalier en fin d’année, Bruno savait quasiment skier avant de marcher. Il était doué. Membre de l’équipe de France de ski artistique pendant 10 ans, jeune retraité du circuit coupe du monde, il fera ses armes dans la vie active comme rédacteur en chef de Skieur Magazine, le premier magazine de freeski. Puis il deviendra le grand manitou du ski chez Salomon comme directeur marketing. Freestyle, freeride, big mountain, freerando puis rando aventure, c’est un peu lui qui a donné l’axe à la marque annecienne. Bruno est doté d’un flair infaillible et a touché à toutes ces pratiques sur neige.
WELOVESKI s’est rendu au Annecy Design Center de Salomon afin de recueillir les souvenirs de ski de ce « bosseur ». Toujours en avance sur son temps, il aime les défis absurdes, comme celui d’enquiller 50 000m de dénivelés positifs en ski de rando en une saison pour ses 50 ans, 50for50 ! Bruno est mordu et un peu zinzin…

Bruno Bertrand

 

WELOVESKI : vous souvenez-vous de vos premiers pas en ski quand vous étiez enfant ?

Bruno Bertrand : Je suis un enfant de la neige et du ski. Né en station et en fin d’année, fin octobre, j’ai donc vu la neige avant de voir de l’herbe. Les premiers souvenirs seraient des souvenirs de blanc et pas de vert, ce sont des souvenirs de partage et d’amitié en allant skier avec d’autres gamins, la découverte…

Quand tu es gamin de station, (nldr : sa maman était institutrice, son papa était moniteur), tu vis dans cet environnement, tu ne peux pas être 6 mois les pieds dans la neige sans skier, c’est naturel, tout le monde skie. C’est comparable à un gamin de campagne qui va courir dans les champs et qui ne saura pas dire quand et comment c’était la première fois.

>>  Alexandra Tripodi, hôtesse de caisse

Mon père et ma mère ont bien dû me faire glisser sur un tas de neige, je ne me souviens plus vraiment, puis j’ai sûrement été à l’école de ski et très rapidement au club. C’est devenu ma vie.

Bruno Bertrand

 

WELOVESKI : votre évolution dans la pratique ?

Bruno Bertrand : L’évolution est simple : soit tu passes par un club ou une ESF et tu vas tourner autour de portes. Généralement tu commences par un hybride de ski alpin, c’est formateur. Tu peux aussi commencer par des modules, par des whoops, sauf que ça n’existait pas à mon époque ! À mes débuts à skis, le damage n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, on n’avait pas des boulevards. Tout petit, j’ai beaucoup de souvenirs de ski de bords de piste car il y avait énormément de neige fraîche. Je me souviens de ski dans les bosses, de me faire secouer et sauter de petites bosses. Il y a vraiment deux approches en ski : d’un côté tourner autour des portes parce que ça te donne un repaire et d’un autre côté, les bosses que tu vas sauter.

Je me suis structuré en tant que skieur alpin et compétiteur, en rentrant au club des sports. En ski alpin, de 5 à 16/17 ans, j’ai été le meilleur de mon village, le meilleur du club, puis parmi les meilleurs de la région avant de rentrer dans les bons skieurs nationaux aux portes de l’équipe de France, à Albertville au lycée section de haut niveau, la section ski étude de la fédération de ski. Puis préférant faire des sauts plutôt que de tourner autour de piquets, je me suis naturellement orienté vers le ski de bosses et le freestyle. J’ai fait ça en compétition et je suis allé jusqu’en haut. Je me suis éclaté, j’ai passé plus de 10 ans en équipe de France.

>>  Jérémy Le Goff, expert en chaussures de rando et trail, nous explique tout sur la pronation !

J’ai aussi eu la chance d’être dans le 1er mouvement du snowboard dans les années 80 avec mon frère Denis, j’en ai fait énormément. J’étais encore en équipe de France de ski, ce n’était pas très compatible, mais tout mon temps libre je le passais sur un snowboard, c’était 100% de ma pratique hors-piste.

En arrêtant la compétition, des rencontres professionnelles m’ont permis de rester dans le milieu du ski, d’aller encore plus dans le freeride big mountain et d’avoir un rôle important dans le développement du sport en France.

C’est une évolution naturelle. Gamin tu as besoin de te confronter avec tes copains, d’être le meilleur du groupe. Ado, tu vas vouloir faire des kickers quand d’autres seront à fond dans le racing. Puis en vieillissant, tu es plus dans le partage, tu as envie de découvrir la nature, d’étendre ton univers et d’aller plus loin dans la pratique ce qui te pousse à aller là où ce n’est pas balisé. C’est compatible avec le compétiteur pur, car à un moment ou à un autre, en évoluant dans sa pratique, ces deux typologies se rencontrent et on se retrouve tous dans la montagne en haut du même pic, à être monté sans utiliser les remontées mécaniques ! Tout converge. En plus, le matériel de ski de randonnée a tellement évolué que si tu es en bonne forme, après la montée, tu as encore suffisamment d’énergie pour te faire plaisir à la descente. C’est le rêve de tout le monde. Plus ça va aller, plus on va aller dans ce sens-là parce qu’on va amener des éléments de sécurité notamment par rapport à la fixation.

>>  3 questions à un Directeur de magasin Intersport

Bruno Bertrand en Freeride

 

WELOVESKI : Quels conseils donneriez-vous pour aller sur ou en dehors des pistes ?

Bruno Bertrand : Le conseil est déjà d’être précis avec son matériel, de toujours bien réfléchir et de privilégier la sécurité. Si tu vas en hors-piste, c’est forcément avec un DVA (détecteur de victime en avalanche), une pelle et une sonde. Mais attention, il ne faut pas seulement les avoir sur soi, il faut avoir appris au préalable à s’en servir, ça ne s’improvise pas. Le casque fait partie de l’équipement : les avancées technologiques permettent d’avoir des produits légers, confortables, qui respirent et avec une bonne audition. Il y a beaucoup de très bons produits sur le marché. Il faut que les gens se protègent parce que ça permet d’aller plus loin dans sa pratique.

Quant au matériel de ski de rando, il y aura toujours un point faible et il faut avoir ça en tête : on ne descend pas en ski de rando comme on le fait en ski de piste.

Autre conseil, ne pas présumer de ses possibilités. Il faut être raisonnable et conscient afin que cela reste un plaisir. Même si on magnifie tous les jours la montagne comme étant un espace de liberté ultime, ça reste un environnement naturel qui peut être dangereux. Il faut donc faire hyper attention, se renseigner, apprendre, faire confiance aux professionnels. Ne surtout pas croire qu’on sait tout parce qu’on y est déjà allé deux fois. S’éduquer, s’éduquer, s’éduquer !

 

Bruno Bertrand en ski de randonnée

 

Quand tu as plus de confiance en ton matériel et plus de connaissances, tu te libères un peu plus, tu profites donc mieux, le bénéfice est réel.

278