Julien Regnier : le ski backcountry lui doit beaucoup !

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« J’ai grandi « ski » et j’ai grandi aussi dans l’espérance de faire aussi bien que ma maman… »

 

Vous l’avez peut-être vu en action dans FAST FORWARD, la websérie de la Plagne  aux côtés de son acolyte Kevin Rolland. Julien Regnier, 38 ans, natif de la station et ambassadeur de Paradiski, a le ski dans les gènes. Le fils de la championne du monde de ski Ingrid Lafforgue, en a exploré toutes les facettes : du ski de bosses, en passant par le backcountry dont il est l’un des acteurs incontournables. Julien pratique aussi la freerando, la rando et boucle la boucle sur le dur en s’amusant en slalom géant sur le circuit Master FIS en ski alpin. Avec son ami Julien Lizeroux, il a imaginé le SuperSlalom, événement fédérateur de fin de saison.

Julien aime apprendre et résoudre les problèmes. Il a été à l’école de la neige faute d’avoir été jusqu’au bac, mais sa passion lui a tout donné et l’a mené loin : après avoir cofondé la marque Armada, il conçoit depuis 10 ans les skis Black Crows et fut même rédacteur en chef avec Camille Jaccoux d’un magazine de ski atypique et déconnant : WESKI. Interview.

Julien Regnier - Fast Forward © Elina Sirparanta

Julien Regnier – Fast Forward © Elina Sirparanta

 

WELOVESKI : Vous souvenez-vous de vos premières glissades à ski ?

Julien Regnier : J’étais sur des skis dès l’âge de 2 ans. Mes premiers souvenirs à ski, c’est quand je me suis perdu sur les pistes, j’avais 5 ans. Ma maman me faisait skier tout seul sur les pistes sur un téléski à Bellecôte et au lieu de prendre à droite en sortant du téléski, j’ai pris à gauche et ça m’a amené à Plagne Centre sur un autre versant. J’étais complètement perdu et déboussolé et c’est la grande girafe qui m’a sauvé ! Elle était dans un parc d’enfants où on allait jouer avec l’école, ça m’a aidé à me repérer et l’école de ski a appelé ma mère !

 

WELOVESKI : Votre maman était championne de ski, qu’est-ce qu’elle vous a transmis ?

Julien : Elle a été championne du monde de slalom et vice-championne du monde de géant. Elle m’a transmis la passion du ski. Elle avait un magasin de sports et moi j’ai grandi ski et j’ai grandi aussi dans l’espérance de faire aussi bien que ma maman qui a, je pense, un rapport très particulier à la compétition et à la Fédération Française de Ski (FFS). Elle a en effet fait partie de l’équipe – les 7 meilleurs athlètes dont Henri Duvillard – qui s’est faite limoger en pleine carrière par la FFS pour avoir refusé de participer à une compétition en 1969, une histoire qui a marqué le ski alpin, « l’affaire Val d’Isère ». Ma mère en a gardé une sorte de froideur au niveau des instances, ce que je n’avais pas vraiment compris en étant enfant ! Mais elle m’a transmis la passion du ski.

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WELOVESKI : Votre parcours et évolution dans la pratique du ski ?

Julien : Comme tous les gamins de station, j’ai très vite été au club des sports, d’abord en alpin, discipline que j’ai arrêtée de manière délibérée pour faire du ski de bosses vers 12 ou 13 ans. Non pas que le ski de bosses ne soit que pour les skieurs alpins ratés, comme les mauvaises langues le pensent encore, mais parce que j’aime bien sauter. J’étais bon en ski alpin, mais je voulais faire des bosses et j’en ai fait jusqu’à mes 21 ans. Je suis allé aux jeux Olympiques de Nagano où j’ai terminé 11e. J’ai fait 9e sur mon premier circuit Coupe du Monde et un podium, une 2e place. J’avais eu de bons résultats, j’ai passé 3 ans en Equipe de France Elite après avoir été en Equipe Espoir.

Julien Regnier - La Plagne © Elina Sirparanta

Julien Regnier – La Plagne © Elina Sirparanta

WELOVESKI : La Plagne est très liée au Freestyle !

Julien : Il y a toujours eu un bon groupe pour le freestyle à La Plagne. C’était stimulant, car les gars qui passaient au club des sports avaient du succès, ils évoluaient en coupe du monde. A l’époque avec Olivier Allamand, Fabien Bertrand, Fabrice Ougier, Candice et Youri Gilg. Avant cette génération, il y a eu Eric Laboureix. Et ça continue aujourd’hui avec Ben Valentin, Kevin Rolland, Marie Martinod, Tess Ledeux et Antoine Adelisse. Ils sont cinq à pouvoir aller aux Jeux Olympiques en freestyle avec de très gros potentiels de médailles, sans compter Julien Lizeroux, Brice Roger et Maxence Muzaton en ski alpin.

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WELOVESKI : Vous avez contribué à créer le backcountry,  nouvelle discipline du ski ?

Julien : Dans les années 1997-98, il y avait l’émergence du backcountry en snowboard. Avec quelques amis on a un peu « révolutionné » la pratique ski en ski freestyle c’est-à-dire qu’on a pris tout ce qu’on aimait dans le snowboard et le skate pour le transposer dans ce qu’on savait faire de mieux, à savoir le ski ! Par exemple la découverte et l’élaboration des skis doubles spatules pour calquer notre sport à ces pratiques alternatives. Ce n’est pas révolutionnaire en soi, mais il fallait quand même le faire. On a pris la manière de rider des snowboarders, les caractéristiques de sauts. Le backcountry en snowboard, c’est-à-dire les possibilités de fabriquer des sauts dans la poudreuse, nous a beaucoup influencé. On a cherché les endroits qui marchaient le mieux pour faire de grands sauts dans la montagne et non plus sur une piste de bosses !

 

WELOVESKI : Avec le backcountry, vous avez aussi contribué à l’évolution du design des skis et au lancement d’une marque « hard core », Armada, très inspirée des codes du snowboard.

Julien : A l’époque on n’avait pas vraiment le matériel qui fonctionnait pour ça, il a fallu élargir les skis, ça s’est fait progressivement à partir de 1997-98. A tâtons, on a créé une discipline, une identité et une manière de skier différente. Accessoirement, ça a bien influencé le comportement des skis de piste, notamment en termes de facilité, de survirage. C’est ma manière de voir l’histoire, mais je pense que les skis de freestyle ont cette capacité à être extrêmement polyvalents et assez faciles. Ils tournent facilement ! Au final ce sont des skis qui ont influencé les designs des skis destinés au grand public.

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Je fais en effet partie de ceux qui ont fabriqué la marque Armada en 2001. Notre modèle était le team de snowboard Forum, on voulait recréer cette attitude, cette identité à travers cette marque. J’étais pro-rider et je concevais les skis, c’était ma particularité.

Julien Regnier - Super Slalom © Elina Sirparanta

Julien Regnier – Super Slalom © Elina Sirparanta

WELOVESKI : Vous concevez désormais les skis Black Crows ?

Julien : Suite à mon limogeage en 2007, Camille Jaccoux, ami et cofondateur de Black Crows, m’a proposé de partir dans l’aventure Black Crows à la fois pour mes capacités en ski et pour la conception. Je travaille sur toute la gamme de skis, mais aussi sur le marketing et l’identité de la marque. C’est une très belle aventure avec un beau groupe de travail, ils sont tous un peu tarés !

 

WELOVESKI : Pourquoi vous être remis au slalom géant ?

Julien : Je teste les skis pour améliorer leur conception. Or, le meilleur moyen de tester des skis, c’est sur de la neige dure ! J’ai donc beaucoup skié sur le dur pour essayer de comprendre les appuis et j’ai voulu améliorer ma technique. Je voulais vraiment skier en carving pour avoir un ressenti sur la carre, analyser la manière de rentrer dessus car pour concevoir un ski, il faut faire un lien entre ce que tu ressens et ce que tu imagines. Je voulais être pertinent. Fabien Maierhofer m’a dit qu’il existait des courses de ski alpin Master FIS et que je pouvais encore gagner un globe ! Alors j’ai participé au circuit l’an dernier…

 

WELOVESKI : Des projets ?

Julien : On va revenir avec Fast Forward après une année de pause l’hiver dernier… Prenez date, le SuperSlalom aura lieu le 31 mars 2018 !

 

Merci Julien.  On suivra les plagnards aux Jeux Olympiques en février prochain et rendez-vous fin mars !

 

Fast Forward

Episode I

Episode II

 

Crédit photos : Elina Sirparanta  

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