Comment conçoit-on un sac à dos de montagne ?

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« L’Annapurna 50 », sac à dos Millet iconique porté par Herzog et Lachenal sur le 1er 8000 jamais gravi en 1950. Référence incontournable depuis plus de 60 ans, la marque annecienne accompagne les plus grands noms de l’alpinisme, du ski, du trail running, avec l’innovation dans les gènes. Comment est conçu un sac à dos ? Pour le savoir, WELOVESKI a parlé conception avec le développeur Antoine Lafoux. Interview.

Équipe Millet

Équipe Millet

WELOVESKI : comment s’organise le développement d’un sac à dos, et quelles sont les différentes étapes de conception ?

Antoine Lafoux : C’est un travail d’équipe (3 personnes) avec une organisation en groupe projet. Trois métiers – chef de produit, designer et développeur – participent du développement d’un sac à dos. Le chef de produit travaille en amont du projet pour définir les objectifs en terme de cible clients, d’usage du produit et de prix de vente, c’est la partie « market » du produit. Il définit un cahier des charges qu’il transmet au designer et au développeur. Le projet avance avec le designer qui, muni du brief, réalise les premières esquisses du produit. Une fois qu’on a validé le dessin et les matières, le développeur prend le relais pour faire l’intermédiaire avec l’usine qui va développer les différents prototypes jusqu’à la validation complète du produit.

Combien de temps de développement nécessitent les produits les plus pointus ?

Antoine : Ça peut aller jusqu’à 2 ans de développement à partir des premiers coups de crayon et le moment où le produit se retrouve entre les mains des commerciaux pour la commercialisation. Les produits les plus « riches » sont les produits les plus pointus en terme d’usage. J’ai en tête les produits de ski de randonnée ou de ski alpinisme : cette saison on a développé un nouveau sac pour les compétiteurs. Ce produit très abouti a fait appel à toutes les compétences en interne avec un objectif : faire le produit le plus léger possible qui réponde le mieux possible aux besoins des compétiteurs. On a donc fait intervenir nos conseillers techniques qui sont les athlètes qu’on peut voir sur les compétitions de ski alpinisme (ou les guides de haute montagne pour d’autres typologies de sac) au moment du brief et au moment des tests de ce sac.

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A la fin de l’histoire, le produit a été récompensé par un Gold Award à l’ISPO (un jury de professionnels récompense les meilleurs produits de la saison).

Évolution des sacs à dos Millet

Évolution des sacs à dos Millet

Prenons ce produit récompensé d’un Award pour exemple, comment s’est-il construit ?

Antoine : Pour atteindre les objectifs fixés de poids, le challenge étant de faire un produit qui soit résistant et léger, on a fait une recherche sur les matériaux. On a été chercher un tissu renforcé de fils Dyneema pour la zone de portage des skis afin que les carres du ski n’abîment pas le sac. C’est intégré dans le design du sac : le designer tient compte de l’utilisation et de la phase où les skis sont portés sur le sac pour définir la zone qui doit vraiment être renforcée. Il l’intègre dans l’esthétique du produit. En gros, il a coupé le sac en deux en diagonale : la partie supérieure gauche est renforcée avec cette matière Dyneema et la partie inférieure droite, moins sollicitée, emploie une matière ultra légère un peu comme de la toile de parachute. Au niveau de l’esthétisme, ce sac offre un contraste de matière et de couleur.

 

Ces développements sur des sacs à dos ultra pointus profitent l’année d’après à des sacs plus grand public ?

Antoine : Oui c’est le principe de la Formule 1 dans l’automobile. Cette matière sourcée pour ce sac de ski alpinisme, on l’a ensuite utilisée sur des produits destinés à un public plus large, en l’occurrence un sac de ski de randonnée très léger qui sera commercialisé l’hiver prochain. Il bénéficie de tout ce qui a été mis au point pour la compétition à savoir le portage de ski, l’accès rapide à la poche crampons sans avoir à le poser…

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Quelle est la segmentation sur l’hiver ?

Antoine : La gamme hiver compte deux segments. Le premier est composé de deux sous-catégories ; freerando et ski touring (ski de randonnée). Le ski touring est orienté sur la performance alors que le freerando est orienté plaisir. Le deuxième segment est le ski freeride avec le confort pour maître mot et la sécurité comme fil rouge.

Sac à dos Millet - Ski de freerando

Sac à dos Millet – Ski de freerando

Quelles sont les spécificités des sacs de Freerando ?

Antoine : En freerando nous concevons des sacs de 20 à 30 Litres que l’on décline aussi avec un système d’airbag. Ces produits sont légers, c’est un besoin pour la phase d’ascension. On travaille aussi sur la respirabilité du dos pour la même raison. Ils ont des compartiments spécifiques pour le pack sécurité, la pelle et la sonde. Il y a aussi de quoi mettre une poche à eau pour l’hydratation.

 

Et les spécificités d’un sac de freeride ?

Antoine : Les sacs de freeride axés sur le confort ont un dos structuré avec des renforts faits de mousse thermoformée. Ils sont enveloppants et ergonomiques pour ne pas gêner les mouvements dans la descente et faire corps avec le skieur. Etant donné qu’il n’y a pas de phase d’ascension, le gain de poids est moins crucial. On peut donc se permettre de mettre tout ce qui est nécessaire en termes d’accessoires : porte-ski, porte-casque, poche masque, grande poche sur la ceinture, conduit d’hydratation isolée pour éviter que la poche à eau ne gèle. L’accessibilité au contenu est aussi très travaillée sur ces sacs avec une ouverture par le dos du sac qui permet d’accéder à son contenu même si on a ses skis ou son snowboard sur le sac. On a aussi pris le parti d’avoir le détecteur Recco sur ces sacs pour renforcer la sécurité et ils sont bien sûr équipés d’un compartiment sécurité pour mettre la pelle et la sonde.

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Merci Antoine. Et vous, qu’allez-vous porter cet hiver ?

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