Rencontre avec Marie Martinod !

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Vice-championne olympique de half-pipe à deux reprises, vainqueur des X-Games 2017, Marie Martinod est une athlète accomplie. A l’issue de son ultime saison de compétition, la plagnarde de 33 ans, acrobate des cimes, a accordé une interview à WELOVESKI.

Marie Martinod

Marie Martinod – © PVS Company

WELOVESKI : vous souvenez-vous de vos premiers pas à ski ?

Marie Martinod : Je m’en souviens parce que ma grand-mère a fait des films de mes débuts. J’avais un an et demi, c’était à la Plagne. La particularité c’est que mon grand-père avait confectionné une laisse et qu’il nous tenait avec ça, ma sœur et moi, dans l’idée d’une progression plus rapide. Comme il était amateur de ski, ça le faisait un peu flic de rester sur le baby ski, alors en nous ayant à la laisse on pouvait faire des balades : on pouvait skier sur des pistes bleues avec des ruptures de pentes ou des chemins sans risquer de tomber dans un trou ou d’aller tout droit, il pouvait nous retenir grâce à la laisse. J’ai appris à ma fille à skier avec ça et j’ai proposé à mon ancien partenaire de développer ce type de produit, il est en magasin depuis l’hiver dernier. C’est top d’apprendre le ski à ses enfants avec ça, ça leur donne beaucoup d’autonomie et ils s’amusent plus vite.

 

WELOVESKI : Comment le half-pipe s’est-il imposé à vous ?

Marie : J’ai eu de la chance car La Plagne a été l’une des premières stations françaises à avoir un pipe (ndlr : aujourd’hui, il n’y en a hélas plus). Je devais avoir 13 ou 14 ans et j’étais au club des sports en section freestyle. Je faisais des bosses avec Greg Guenet pour coach, c’est toujours mon entraîneur. Et voyant arriver ce pipe, on a mordu direct : c’était génial, c’était différent, c’était drôle, ça nous permettait de sauter dans tous les sens. C’est comme ça que je me suis mise au pipe il y a près de 20 ans !

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WELOVESKI : Le niveau en freestyle a considérablement augmenté, quelles figures faut-il passer chez les filles pour être sur le podium ?

Marie : Pour être sur le podium, il faut faire un run complet avec des tricks (figures) dans les deux sens, il faut aussi être en switch (s’élancer et/ou replaquer en marche arrière), faire des figures la tête en bas, être grabbé (attraper ses skis). C’est ce qui est chouette, on a une densité qui s’est installée.

Marie Martinod

Marie Martinod pour la Campagne de Prévention 2017 du Ministère de Sports

WELOVESKI : Vos runs dans le pipe en compétition sont-ils toujours les mêmes ?

Marie : J’ai un run type pour l’hiver. Il peut toujours y avoir des changements selon mon état physique, l’état du pipe, les conditions de neige. L’idée, c’est de faire des points pour passer en finale quand tu es en qualification et pour monter sur le podium quand tu es en finale, mais j’ai une trame en général sur l’hiver.
Cette saison, j’ai un nouveau run parce que c’est mon dernier hiver sur le circuit et parce que j’avais envie de changer. C’est un risque à prendre car je connais par cœur mon run de l’année dernière, mais les juges aussi ! L’idée c’est de tout modifier pour surprendre : je travaille sur un 1080 (3 tours), je fais de beaux 900 (2 tours et demi). Je place 5 tricks dans mon run : 3 d’un côté et 2 de l’autre.

WELOVESKI : Au départ d’une compétition, êtes-vous du genre à vous surpasser ou à rider en-dessous de vos moyens ?

Marie : L’intention en compétition est toujours décuplée : tu vas toujours plus lâcher les chevaux qu’à l’entraînement, c’est normal car c’est un sport d’engagement. Il y a forcément une retenue à l’entraînement parce que tu ne veux pas te blesser. Quand Kevin Rolland (le champion du monde de half-pipe) fait des sauts à 7m de haut dans le pipe des X Games, il ne fait pas ça à l’entrainement. Dans le pipe, on a tous tendance à skier plus fort en compétition qu’à l’entraînement.

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WELOVESKI : Votre force, ce serait quoi ?

Marie : Je pense que ma force cet hiver, c’est que ma carrière est derrière moi : je ne cours plus après quelque chose que je n’ai pas eu parce que j’ai eu la chance d’avoir tout eu ou presque. On peut toujours dire que je ne suis pas championne olympique, et ce serait cool de finir là-dessus, mais justement, j’essaie de ne pas me mettre de pression. Je me dis que j’ai quand même une jolie carrière et ça, personne ne me l’enlèvera, quoi que je fasse de mon hiver ! C’est une façon de poser les poids sachant qu’il ne faut pas non plus trop se le dire pour ne pas s’endormir !

Marie Martinod - half-pipe

Marie Martinod – half-pipe

WELOVESKI : Alors c’est votre dernière saison de compétition ! Vous avez déjà une idée en tête pour après ?

Marie : C’est ma dernière saison oui, je n’aime pas le mot dernier, vraiment pas ! Mais c’est un besoin de passer à autre chose : un besoin psychologique et physique aussi parce que j’encaisse de moins en moins bien les chutes, les blessures. Je me suis fait un carnet d’adresses, j’ai rencontré des tas de gens intéressants et j’ai envie de faire autre chose, différemment. Le sport à haut niveau, c’est très personnel, et là j’arrive à un point où je n’ai plus envie de faire un truc perso. Ça correspond aussi à un besoin familial car mon époux comme ma fille commencent à être fanés de cette façon de vivre, alors on va changer. Et puis j’ai 33 ans, j’ai 2 fois l’âge de la petite Tess Ledeux, mine de rien, je suis la plus vieille du circuit !

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Les partenaires de Marie :
La Fabrique du ski, Leclerc, La Plagne, SOS Sportswear, SFR, Aphex.

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