Bien fixés ? Focus sur les fixations de ski

269

Quel est le produit qui se fait oublier et qui est pourtant essentiel au ski ? La fixation de ski bien sûr ! Pour être fixé sur les fixations, WELOVESKI s’est rapproché d’un expert : Sébastien Rideau, ingénieur, chef de produit et manager des fixations de ski Look, vous dit l’essentiel.

Fixations Look - Crédits photos © Dirk Collins

Fixations Look – Crédits photos © Dirk Collins

WELOVESKI : Quelle sont les principales fonctions d’une fixation de ski ?

Sébastien Rideau : La fixation assure au moins 4 fonctions. La fonction principale est de maintenir la chaussure sur le ski et surtout d’assurer le pilotage du ski : la conception de la fixation va en effet influer sur la qualité de la conduite, donc sur la performance. Bien sûr, la fixation assure un certain niveau de sécurité quand on chute, en libérant la chaussure du ski. Enfin, ça n’a l’air de rien, mais les freins sur les fixations permettent de porter les skis, et ça évite aussi de perdre ses skis quand on les pose sur la neige !

 

WELOVESKI : Que faut-il savoir sur les fixations de ski ?

Sébastien Rideau : Il y a 2 grandes classes de fixations.

  1. Les fixations dédiées à des skieurs loisirs qui n’ont pas pour objet d’aller très vite, ni de sauter des bosses sont faciles à chausser et à utiliser avec des constructions plutôt légères et peu de course élastique. La course élastique, c’est la clef : c’est ce qui permet à une fixation de ski de limiter les déclenchements intempestifs quand le skieur est dans l’action.
  2. Les fixations avec une construction plus robuste et de longues courses élastiques ont la capacité d’absorber les chocs brefs et les efforts violents transmis par le skieur. Elles s’adressent aux skieurs experts et ne libèreront pas le pied en cas de chocs brefs de 1 ou 2 dixièmes de secondes, tandis qu’une fixation pour le skieur loisir déchaussera probablement.
>>  Nouvelles activités pour les sports d'hiver

Si on règle ces 2 types de fixations à 8 et qu’on les mesure dans un laboratoire, elles libéreront les pieds exactement à la même valeur en cas de chute lente (de l’ordre de 1 seconde), au téléski par exemple. Quand il chute lentement (1 seconde), un skieur n’a pas la capacité de protéger ses articulations, toutes les fixations du marché déclenchent donc à ces valeurs pour éviter la rupture du tibia.

Fixations Rossignol - Crédits photos © Steph Candé

Fixations Rossignol – Crédits photos © Steph Candé

WELOVESKI : Les normes de déclenchement, c’est ce qu’on appelle DIN et qu’on doit régler en fonction de son poids et de son niveau ?

Sébastien Rideau : DIN c’est l’association allemande de norme, le pendant de l’Afnor en France. Dès les années 1970-80, DIN a travaillé sur les niveaux de réglages des fixations c’est-à-dire la petite graduation de 1 à 10, voir 18 pour les fixations de course ou de freeride. La corrélation de la résistance du tibia avec des morphotypes – tailles/poids et largeur du plateau tibial-, a permis de faire les tables où figurent la taille, le poids du skieur, sa longueur de pied et son niveau à ski, tables qu’on utilise dans les magasins pour régler les fixations. Ces 4 critères permettent de calculer le réglage des fixations de ski alpin et notamment à quelle valeur la fixation doit déclencher pour éviter la fracture du tibia.

 

WELOVESKI : Quelles sont les grandes familles de fixations alpines ?

Sébastien Rideau : Il y a 2 grandes familles : les systèmes intégrés (sur des plaques) et les fixations à la carte (ou fixations à visser) que le détaillant va devoir monter sur les skis en les perçant. Dans ces 2 familles, on retrouve tous les niveaux de performances avec des fixations dédiées à des débutants et à des experts : la course élastique est le fil conducteur pour monter en gamme.

>>  Quel ski pour quelle pratique ? Les 7 familles

NB : WELOVESKI abordera les fixations de freerando et de randonnée dans un prochain article

Fixations Rossignol - Crédits photos © Steph Candé

Fixations Rossignol – Crédits photos © Steph Candé

WELOVESKI : Une fixation est composée de combien de pièces ?

Sébastien Rideau : Il y a une trentaine de composants sur une fixation simple et jusqu’à une soixantaine pour une fixation sophistiquée. Les matériaux composites, des plastiques avec des charges de fibres de verre, ont permis de rendre ces produits plus accessibles en prix, de les fiabiliser et de gagner en légèreté. Fiabilité, légèreté et facilité d’usage, sont  les axes suivis ces 20 dernières années : on a rendu la fixation tellement facile qu’elle en est devenue presque invisible, le consommateur l’oublie !

Sébastien Rideau lors d'une formation sur les fixations

Sébastien Rideau lors d’une formation sur les fixations

WELOVESKI : Quel est le processus de développement d’une fixation ? 

Sébastien Rideau : On travaille avec des processus proches de l’automobile ou de l’électroménager. Le processus est long, il faut au minimum 3 ans pour développer une nouvelle fixation ce qui demande des investissement colossaux, des millions d’euros, car il y a beaucoup de composants, de moules et d’outillage.

Après la phase de prospection, de définition du produit, du marché, ce qui est mon travail en amont, le développement technique passe par une phase de prototype qui va de quelques mois à plusieurs années selon le degré d’innovation. On ne se prive jamais de la phase de pré-série soit 500 à 1000 fixations qu’on va mettre aux pieds de professionnels de niveaux différents pour des essais longue durée. Une fois qu’on a ce feedback, on développe les moules et les outillages qui vont nous permettre de fabriquer en grande série : la production va de quelques milliers de paires (pour la fixation Pivot par exemple) à plusieurs centaines de milliers de paires. Sachez qu’il se vend 3 millions de paires de fixations chaque année dans le monde.

>>  Et si vous passiez au ski de nuit ?

 

Merci Sébastien, vous voilà fixés et incollables sur les fixations.

269