Lionnel Ducruet, Monsieur tech-style !

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Lionnel Ducruet s’est piqué de textile, le vêtement est affaire de famille chez les Ducruet. Cet homme de l’ombre est un maillon fort des vêtements outdoor. Ex-directeur de collection pour Eider, ce spécialiste des matières, du design, de la conception, est consulté par les plus grandes marques. WELOVESKI a poussé la porte de « Source », son bureau de consulting à Annecy.

WELOVESKI : Quel est votre parcours dans le textile ?

Lionnel Ducruet : Mon oncle Georges Ducruet, tailleur à Annecy crée la marque Eider en 1962, son frère (mon père) le rejoint et prendra la direction des collections et du développement après le décès de Georges en 1968 dont la femme, Lucile assurera la direction. Le fils de George et Lucile, Frédéric Ducruet est l’actuel patron, il a intégré la société dans sa vingtaine.

Quant à moi, mon père voulant me mettre sur le droit chemin m’a fait faire les cartons, espérant que je reprenne mes études après. Mais ça me plaît et je reste ! J’ai passé 29 ans chez Eider, j’ai fait tous les postes : des cartons pour expédier les vêtements, j’ai réglé les machines pour le duvet, rentré les tissus sur les tables de coupe, organisé les chaînes de montage, je me suis occupé de la chaîne de production au Portugal, en Pologne, etc. Puis je suis passé au développement des collections, à la création, à la recherche & développement, jusqu’à devenir directeur de collection.

 

WELOVESKI : Recherche et développement, patronage, modélisme et design, vous savez tout faire ?

Lionnel Ducruet : Dans le vêtement de montagne tout cela est lié : sans avoir de bonnes connaissances techniques et des connaissances sur le tissu, on ne peut pas faire un bon patronage. Sans bon patronage, on ne peut pas faire un bon design.

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Aujourd’hui je fais du conseil en R&D, développement, design et j’apporte également des solutions de fabrication aux marques. Avec mes collègues Henry, Jean-Lou, et Régis, au sein du collectif Ginkio, on a toute l’expertise pour répondre aux différentes problématiques pour construire une collection : que ce soit une problématique de prix, de délai, de technologie à trouver, d’usine de production, de quantité à produire.

Veste Spencer

Veste Spencer

WELOVESKI : Selon vous, quelles sont les principales évolutions matières dans les vêtements de montagne et d’outdoor depuis 30 ans ?

Lionnel Ducruet : Il y a 30 ans, la membrane n’était pas encore apparue. On cherchait alors à avoir des vêtements déperlants par différents moyens avec des tissus extérieurs (face fabric) performants sans forcément ajouter quelque chose dessus : soit on créait des effets de peau de pêche pour que la goutte d’eau reste en suspension sur la fibre, soit c’était des microfibres (une invention japonaise), des fils tissés tellement fins que l’eau ne pénétrait pas dans le tissu.

Au niveau de l’isolation, en dehors des ouates, la laine et le duvet étaient les premières isolations thermiques ce qui n’était finalement pas si inconfortable que ça.

Puis sont arrivées les membranes – Gore-Tex mais pas seulement -, qui ont tout révolutionné dans les années 90 : le postulat était de rendre le vêtement étanche et non plus déperlant ce qui a changé la façon de fabriquer les vêtements, de les concevoir et notamment avec l’arrivée des 3 couches, autre avancée majeure. Avec le 3 couches, on a commencé par séparer les fonctions du vêtement : avec un vêtement qui ne sera qu’étanche et sous lequel on pourra mettre différents types de couches.

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Puis on a fait des isolants : des polaires, des duvets light, puis Primaloft est arrivée (cf. article à venir sur l’isolation sur WELOVESKI).

Expertise Duvillard

Expertise Duvillard

WELOVESKI : L’éco-conception est-elle une des évolutions notables ?

Lionnel Ducruet : C’est une évolution mais je n’aime pas en parler car tout ce qui a été dit est remis en cause 5 ans après ! Par exemple on a parlé de vêtements qui étaient recyclables,  sauf qu’on ne sait toujours pas où les recycler.

 

WELOVESKI : Le textile est la 2ème industrie la plus polluante, difficile de fermer les yeux ?

Lionnel Ducruet : La seule façon de réduire l’impact, c’est de ne pas jeter, de produire des vêtements durables et de consommer moins : acheter un produit technique pour une fonction et non parce que c’est la mode. Inciter le consommateur à changer de tenue parce que la couleur est démodée, et se donner bonne conscience avec du tissu recyclé n’est pas un argument car le tissu est recyclé, mais la membrane, la doublure ? Le nylon n’est certes pas fait avec des bouteilles en plastique comme le polyester recyclé, mais le nylon est bien plus durable : on voit toujours de vieilles vestes Eider qui ont 30 ans, alors qu’on ne voit plus de vêtements Eider qui ont 10 ans…

Expertise Duvillard

Expertise Duvillard

WELOVESKI : Qu’est ce qui se dessine pour le futur du vêtement outdoor ?

Lionnel Ducruet : Il faudrait déjà sortir de ce côté mode et faire des vêtements beaucoup plus durables. Mais comme ça va à l’encontre des marques, le constat c’est que rien de bien nouveau ne se dessine ! La membrane existe toujours. Le vêtement 3 couches reste la meilleure solution et j’ai l’impression qu’on continue sur cette voie.

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Il semblerait que l’on soit dans un moment où il y a des innovations, mais ce n’est pas ce que les gens attendent vraiment.

Mon collègue Henry travaille sur des projets avec des matières bio-sourcées qui seront plus naturelles, ce qui pourrait être une révolution dans la production…

Mais la vraie révolution serait de devenir plus sages. Mon espoir serait qu’il y ait des marques plus censées et je serai heureux de les aider !

 

A suivre !

 

 

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