Xavier de Le Rue : j’ai survécu à une avalanche…

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En 2008, le snowboarder Xavier de Le Rue a miraculeusement réchappé d’une avalanche de grande ampleur. Un événement fondateur pour le multiple champion du monde de freeride. Il livre son témoignage à WELOVESKI.

 

WELOVESKI : Xavier, quel était le contexte ?

Xavier de Le Rue : Ce 26 mars 2008, nous étions vers Orsières en Suisse, dans le bord Sud du massif du Mont-Blanc. Je faisais des prises de vue pour mon équipementier avec un autre pro-rider, le skieur Henrik Windsted, et une équipe de cadreurs. Je venais de remporter le Freeride World Tour. Nous étions à 2500 m d’altitude par une journée ensoleillée. La pente était exposée nord avec un premier passage à 45° sur le haut sur 200m de long. Nous shootions sur ce passage, raide, mais pas extrême non plus. En dessous, il y avait encore une face de 800m avec une pente à 35°-40° qui finissait dans une gorge, la pire configuration pour les avalanches.

Il y avait pas mal de neige mais sans plus. Le manteau neigeux avait été stable les 2 derniers jours du shooting. On avait fait des descentes engagées toute la matinée. Or là, c’était un run plus grand, plus ouvert, beaucoup plus accessible. On l’a un peu pris « à la légère »…  Il était environ 14h00.

 

WELOVESKI : quelles ont été vos erreurs ?

Xavier de Le Rue : Ma grosse erreur, c’est d’avoir mal jugé cette pente. Normalement je prépare toujours une descente, j’anticipe les échappatoires, je repère bien ma ligne. Mais cette fois, on a pensé, « il y a encore une belle lumière sur cette pente, allez on la descend vite fait », sans l’étudier, comme si on avait fini la journée. L’hélicoptère m’a posé au sommet, les équipes filmaient depuis l’hélico, et comme ça tournait, je me suis pressé pour partir. Je n’ai pas pris le temps de me poser pour observer, je suis parti tête baissée…

© XV Verbier

Aujourd’hui Xavier de Le Rue réside à Verbier en valais suisse. La station des freerideurs.

WELOVESKI : vous avez senti la neige se fissurer sous votre snowboard ? Comment avez-vous réagi ?

Xavier de Le Rue : Oui une première plaque a cédé. Au lieu d’aller me ranger à l’abri parce que je n’avais pas anticipé, mon seul réflexe possible était de tracer droit en bas de cette première pente à 45°, ce que j’ai réussi à faire. Malgré un petit roulé-boulé, j’ai quand même gardé l’avance sur l’avalanche. Puis j’ai coupé pour revenir vers le guide. Sauf que quand je suis arrivé sur le bas de la pente, la première « petite » plaque a mis énormément de poids sur le reste de la face et a tout fait partir, par propagation. Ça s’est fissuré peut-être sur 100m de large, il y avait à peu près 2 m de cassure, ça fait un sacré volume de neige !

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WELOVESKI : quels sont les réflexes, à quoi pense-t-on ?

Xavier de Le Rue : Je suis passé en mode de guerre. Ma première pensée était pour ma fille qui avait 2 ans à l’époque, mais après, tu es en mode survie, tu n’as pas le temps de réfléchir, ça va tellement vite. Je me suis fait brassé 2 ou 3 coups comme dans une énorme vague avant de perdre connaissance. Puis, j’ai eu la sensation que l’avalanche était bien plus lente, en fait, je me faisais encore traîner et j’ai pensé « oh m…., c’est pas fini ».

 

WELOVESKI : Votre chance c’est qu’un hélico vous survolait, il a pu très vite vous repérer ?

Xavier de Le Rue : Non, ils ne me trouvaient pas, même avec l’hélico, il a fallu 10 minutes. L’avalanche faisait plus de 2 km, tu n’es qu’une poussière sur un champ de blocs. Ils me cherchaient sur le haut de l’avalanche, pensant que j’étais mort si j’étais en bas. Or j’étais en bas, et Henrik m’a trouvé à plat ventre posé sur 6m de neige, inconscient. Je n’étais pas enseveli, j’avais déclenché mon sac à dos airbag ce qui m’a probablement sauvé. J’avais la tête dans la neige et le casque retroussé derrière le cou, la jugulaire m’étranglait. J’avais la langue gonflée, du sang qui sortait des oreilles, du nez, des yeux, les syndromes de l’étouffement.

© XV Avalanche Miraculé

Voilà à quoi Xavier de Le Rue a réchappé ce 25 mars 2008. C’est un miraculé. Cette avalanche sera fondatrice dans son parcours.

WELOVESKI : Est-ce votre façon d’appréhender la montagne a changé dès lors ?

Xavier de Le Rue : Oui, j’ai revu ma manière de fonctionner. Je suis devenu bien plus intransigeant dans la prise de décision. Quand j’ai une petite hésitation, je n’y vais pas. Je suis aussi plus sélectif dans tout ce que je fais avec un résultat équivalent en terme d’engagement avec ce que je faisais avant, tout en ayant un niveau de risques bien inférieur. J’ai aussi privilégié des destinations proches de la mer, là où le manteau neigeux est plus stable.

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Aujourd’hui Xavier de Le Rue transmet son expérience avec ses tutoriels « How To XV » ici

Comment réagir en cas d’avalanche? Les conseils de Xavier de Le Rue par ici

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