Benjamin Daviet, l’invincible : athlète para ski nordique aux 9 titres mondiaux et 6 médailles paralympiques

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Il collectionne les médailles ! Déjà fort de quatre titres de champion du monde en 2015 et 2017 et six médailles paralympiques en 2014 et 2018, Benjamin Daviet, a raflé cinq nouveaux titres de champion du monde, plus un titre de vice-champion du monde en catégorie debout lors des Mondiaux de Para Ski Nordique 2019 à Prince George au Canada, portant haut les couleurs de sa station du Grand-Bornand. WELOVESKI a rencontré le biathlète fondeur.

WELOVESKI : Qui est Benjamin Daviet ?

Benjamin Daviet : J’aurai 30 ans le 16 juin. Je suis handicapé du genou gauche suite à un accident de mobylette en 2006, j’avais 17 ans. Je me suis fracturé le condyle interne, un os dans le genou. Pendant l’opération, j’ai attrapé un staphylocoque doré. Détecté trop tard, il a rongé le cartilage, l’articulation et tout ce qu’il y a à l’intérieur du genou. Les os du bas se sont soudés avec les os du haut, ce qui m’a laissé une jambe raide.

 

Avant cet accident, natif du Grand-Bornand, vous faisiez déjà du ski ?

Oui. J’étais au club de ski alpin de l’âge de 5 à 10 ans. Puis j’ai fait du ski de fond de 11 à 14 ans. Je pratiquais aussi le foot, dès l’âge de 6 ans jusqu’à mon accident à 17 ans. J’aimais le sport.

 

Et après l’accident ?

J’ai fait des études plomberie, puis j’ai travaillé en tant que plombier jusqu’en décembre 2014. Je suis entré en équipe de France handisport de ski nordique en 2011. En 2015, j’ai signé un contrat avec l’Armée, comme tous les sportifs de haut niveau. Je fais partie de l’Armée de champions, ce qui me permet d’en vivre, de pouvoir m’entraîner tous les jours et de me consacrer à 100% au sport de haut niveau.

 

Entre votre accident en 2006 et votre entrée en équipe de France puis à l’Armée de champions en 2015, que s’est-il passé ?

L’après accident n’a pas été facile car je ne faisais plus de sport et je me suis beaucoup cherché. Je m’ennuyais, alors je faisais la bringue, ce qui ne me correspondait pas. A 21 ans, je me suis réveillé un matin en me disant, je vais aller faire du ski de fond. J’ai emprunté les skis au mari de ma marraine. J’y suis allé et j’y suis retourné le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite !

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Vous avez vu que c’était possible de pratiquer le ski nordique avec votre handicap !

Oui et du coup je suis allé voir Jean-Claude Blanc qui tient une section handisport au Chinaillon (village de la commune du Grand-Bornand) pour avoir des contacts, je voulais rentrer dans un club pour rencontrer des sportifs avec d’autres handicaps. J’ai obtenu le numéro de l’ancien entraîneur de l’Equipe de France de ski para-nordique, David Julien via le comité départemental handisport. L’équipe de France était alors en stage à la Féclaz, et David m’a accepté sur un stage de 2 jours pour découvrir ce monde. Voyant que j’avais des capacités à monter et à progresser, il m’a fait rentrer en équipe de France en 2011. J’ai attaqué ma première coupe du monde en décembre 2012.

 

L’esprit de compétition est venu comment ?

J’avais déjà l’esprit de compétition, mais quand tu rentres en équipe de France, que tu fais des coupes du monde et que tu sais que tu peux être champion du monde, tu te forges un mental ! Le handicap aussi forge un mental. Eh puis j’ai un caractère bien trempé ! Si je rate une balle en tir, mais que je gagne la course,  j’ai quand même une insatisfaction. Je cherche continuellement la perfection et c’est aussi ce qui fait ma force.

 

Quelles victoires ont le plus de saveur pour vous et pourquoi ?

Celle qui m’a vraiment marqué, c’est la première médaille à Sochi aux Jeux paralympiques en 2014, la médaille de bronze sur le relais. Ça donne des ailes car quand tu as connu le podium aux Jeux paralympiques, forcément derrière tu as envie d’aller chercher la victoire, d’être champion du monde.

Ma première médaille d’or aux Jeux en 2018 à PyeongChang reste un moment inoubliable, magique. Un classement général de coupe du monde qui récompense ta meilleure saison, c’est top aussi, comme un titre de champion du monde, ou 2, ou 3, ou 9. Au final, je les savoure tous !

 

Aux derniers mondiaux vous avez remporté toutes vos courses individuelles (biathlon moyenne distance, sprint et individuel, ski de fond moyenne distance et sprint) dans la catégorie debout, vous êtes aussi triple champion paralympique de PyeongChang 2018. Après avoir tout raflé, vous avez encore l’envie ?

Oui (rires) ! J’en redemande, je veux toujours atteindre la perfection.

Benjamin Daviet habite à 50m des pistes de ski de fond et du stade de biathlon du Grand-Bornand. Il recommande la nouvelle piste du Danay qui traverse trois stations des Aravis, le Grand-Bornand, la Clusaz et Saint-Jean de Sixt, offrant un magnifique point de vue sur la chaîne des Aravis Crédit Photos © "D. Machet - Le Grand-Bornand"

Benjamin Daviet habite à 50m des pistes de ski de fond et du stade de biathlon du Grand-Bornand. Il recommande la nouvelle piste du Danay qui traverse trois stations des Aravis, le Grand-Bornand, la Clusaz et Saint-Jean de Sixt, offrant un magnifique point de vue sur la chaîne des Aravis
Crédit Photos © « D. Machet – Le Grand-Bornand »

Qu’est-ce qui vous plait dans le ski nordique et quelles sont vos disciplines favorites

L’effort physique, le dépassement de soi, le sport extérieur, nature.

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Ma spécialité c’est le biathlon. En ski de fond, je fais les courses en style libre, en skating. Le relais, c’est par équipe, ça me tient à cœur.

 

Votre état des lieux du handicap et du handiski ?

En France, le problème c’est qu’on veut encore cacher le handicap dans la société. Alors, c’est plus compliqué de faire évoluer les choses, c’est politique.

Nous aimerions avoir un peu plus de visibilité en terme télévisé par exemple. Le handicap peut toucher toutes les familles. Il y a pleins de portes, mais à défaut de communication, on ne les connait pas.

L’avantage pour nous, athlètes handisport, c’est que l’armée a ouvert les portes au milieu du handi, c’est un progrès. En tant qu’athlètes, on essaie aussi de faire bouger les choses, de montrer une image de sportifs de haut niveau. Car on est des sportifs de haut niveau avec un handicap, et non pas des handicapés qui font du ski. Si je prends mon carnet d’entraînement, j’en fais autant que les valides.

 

Justement, quelle dose d’entrainement pour arriver au plus haut niveau ? Comment se déroule une année pour vous ?

En gros c’est 800 heures de préparation physique de début mai à fin mars. A 100 heures prêt, c’est autant que le fondeur Maurice Magnificat par exemple et que les sportifs valides. Eux qui pensaient qu’on ne s’entraînait pas se rendent compte qu’on en fait autant qu’eux. Pour nous, le handicap quand on s’entraîne, il n’y en a pas. Dans l’équipe on ne se dit pas « tu es handicapé, tu ne vas pas faire ça », au contraire, « tu as un handicap, donc on va s’adapter pour que tu puisses faire cette séance ».

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Quand je fais des compétitions avec les valides, je ne suis pas à la rue. Physiquement on n’est pas au-dessus des valides, mais on développe autre chose. Comme j’ai un membre inférieur handicapé, je travaille plus avec les membres supérieurs. En stage commando à l’Armée, mon commandant m’a dit que j’avais un mental d’acier. Simon Fourcade dont je suis assez proche pense aussi que j’ai développé un mental, on ne dira pas hors norme, mais plus accroché !

Benjamin Daviet

Benjamin Daviet

Les athlètes valides ont à apprendre de vous, au niveau pugnacité et mental ?

On a fait un stage de préparation physique à Prémanon cet été. Les biathlètes valides étaient présents. Suite à ce stage, ils ont envie qu’on fasse de nouveaux stages communs, entre valides et para. Ils se sont rendus compte qu’on avait sûrement des choses à leur apprendre et inversement. Car oui nous avons parfois un mental plus fort. Nous aussi on a à apprendre d’eux, sur des méthodes d’entraînement notamment.

 

Rétrospectivement, qu’est-ce que votre handicap vous a apporté et enseigné ?

Ça m’a permis d’avoir une « nouvelle vie ». Une vie ne s’arrête pas avec un handicap et ça ne sert à rien de se morfondre. D’autres sont pires que toi et s’en sortent trois fois mieux. Ça m’a fait relativiser et grandir. C’est même « grâce à » ce handicap que j’en suis là. Tu te rends compte que même avec un handicap tu peux faire pleins de choses, et notamment du sport.

 

Une journée de ski de fond au Grand-Bornand, vous nous emmenez où ?

Dans les Aravis on a des points de vue magnifiques, qu’on soit proche de la Pointe Percée ou côté du col de la Colombière. Cet hiver, ils ont tracé une nouvelle piste de ski de fond qui fait le tour du Danay, le point de vue est exceptionnel sur la chaîne. L’été, j’aime bien monter à l’Aiguille Verte à pieds. Au Roc des Tours, on a une vue exceptionnelle sur toute la chaîne des Aravis.

 

 

Partenaires : le Grand-Bornand / EDF / Atomic / Natural Peak / Oakley / Swix / Toyota / Qimmiq / Ministère de la Défense / Endur’Activ / le Farto de Thônes.

Pour suivre le champion sur le web et les réseaux sociaux : Benjamin Daviet 

Pour des renseignements handisport : handisport annecien https://www.facebook.com/handisport.annecien/ et comité départemental handisport

Portail de la fédération française handisport : http://www.handisport.org/

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