Gardien de Refuge, un métier passion

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Au départ de Sainte-Foy en Tarentaise, il suffit d’une heure de marche pour accéder au refuge du Ruitor posé à 2035 mètres d’altitude au milieu du plateau de la Sassière, au pied des majestueux glaciers dont la tête du Ruitor. WELOVESKI a rencontré Morgan Sauerwald, le gardien du refuge pour vous faire découvrir son métier.

WELOVESKI : Depuis combien de temps êtes-vous gardien de refuge ? Comment avez-vous commencé ?

Morgan Sauerwald : J’ai 35 ans, je travaille en refuge depuis 15 ans et suis gardien de refuge depuis 10 ans. J’ai commencé à l’âge de 20 ans, d’abord comme aide gardien. Je suis arrivé à ce métier par hasard. Je voulais préparer le guide de haute montagne, j’ai fait une saison dans le refuge des Grands Mulets à Chamonix sur l’itinéraire du mont Blanc à plus de 3000 mètres d’altitude. Ça m’a plu, j’ai continué !

 

Quelles sont les périodes d’ouverture du refuge du Ruitor ?

On ouvre de mi-mars à mi-mai pour la saison de ski de randonnée. Puis de mi-juin à mi-septembre. Entre ces dates, le refuge est non gardé, mais il reste accessible : https://www.ruitor.com/refuge_v2/renseignement/renseignement.php

 

Quelle capacité a le refuge du Ruitor et combien êtes-vous à y travailler ?

Nous avons une capacité de 39 personnes avec deux dortoirs. Nous travaillons à deux au printemps et à trois l’été. A midi on peut faire de 20 à 40 couverts. En terme de nuités, nous accueillons en moyenne 1500 personnes sur les deux saisons.

 

Comment se passe une journée au refuge ?

On a deux fonctionnements bien différents entre le printemps et l’été. En été beaucoup de gens passent à la journée alors que pour la saison du ski de randonnée, on travaille beaucoup le soir. Les journées ne sont jamais les mêmes, mais il faut se lever tôt pour préparer et servir les petits déjeuners : autour de 4h30-5h00 du matin au printemps et vers 3h30 l’été si on a des alpinistes. On a aussi des familles qui se lèvent à 7h00, c’est plus relax pour nous.

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Une fois que tout le monde a décollé du refuge, on remet en place les dortoirs et on fait le ménage. Puis on commence à cuisiner et à se préparer pour le service de midi, surtout l’été. A partir du début d’après-midi, les personnes commencent à arriver, on les accueille, on les renseigne sur ce qu’ils vont faire le lendemain. L’après- midi en été, on sert des boissons, des tartes, tout en préparent le repas pour le soir. On essaye d’être couchés pour 22h. Les journées de boulot sont intenses ! Parfois, on guette la météo pour voir si il a une journée de mauvais temps qui arrive pour se reposer.

le gardien du refuge  en mode hiver/printemps puis en mode été, les deux saisons de gardiennage du refuge.

le gardien du refuge en mode hiver/printemps puis en mode été, les deux saisons de gardiennage du refuge.

Gardien de refuge, quelles compétences cela nécessite ?

Mine de rien, il faut beaucoup de compétences. D’abord, il faut aimer les gens. Beaucoup pensent qu’il faut aimer être tout seul, mais ce n’est plus le cas. Les moments de solitude sont assez rares. Il faut aimer cuisiner. Il faut être touche à tout, autonome et bricoleur.

 

Vous passez votre temps à observer la montagne ?

Oui et à renseigner les gens et les guides qui nous appellent pour connaître les conditions. On a un vrai rôle d’information, on est des observatoires de montagne.

 

Comment se passe le ravitaillement ?

Comme le refuge est assez bas en altitude, on a la chance d’avoir un accès 4×4 sur le plateau, uniquement pour les bergers et le refuge. On monte donc beaucoup de choses en 4×4 l’été.

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Sinon, avant que la neige n’arrive, on stocke une tonne à une tonne et demi de marchandises dans le refuge pour le printemps. Une centaine de kilos de farine pour faire le pain, les boissons et tout ce qui est non périssable vont rester dans le bâtiment. Quand on ouvre à la fin de l’hiver, comme le refuge est dans la neige, je fais monter un sac de ravitaillement par hélicoptère. Pour compléter, on fait du portage à dos d’homme en ski de randonnée.

 

Et la gestion des déchets ?

L’été c’est simple, chaque fois que je descends faire des courses, je mets les poubelles dans le 4×4. Au printemps on arrive à gérer : les épluchures nourrissent les animaux, on brûle les cartons dans le poêle à bois et on stocke le verre en attendant que la route soit ouverte. Sinon, dès que quelqu’un descend, s’il veut bien nous prendre un petit sac poubelle dans son sac, c’est volontiers !

 

Les plats qu’on peut déguster, vos spécialités ?

On vous requinque avec notre spécialité, la tartine des glaciers, une croûte au Beaufort fondu avec du confit d’oignons maison et des rondelles de diots fumés. La tarte aux myrtilles est faite maison. Elle commence à être connue, mais la recette est tenue secrète, il faudra venir goûter ! On a aussi la bière spéciale du refuge qu’on fait brasser à Moutiers avec une recette exclusive, vous ne pourrez pas la boire ailleurs.

 

Les consignes en refuge ?

Se présenter au gardien et discuter avec lui, il apprécie toujours ! Respecter l’endroit et sa propreté. Bien redescendre ses déchets, les gens ne le comprennent pas toujours, or le ramassage ne se fait pas en montagne c’est pourquoi on demande à chacun de gérer ses déchets, nous on gère ceux du refuge. N’oubliez pas votre sac à viande, les couvertures et les oreillers sont fournis.

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Au fait, ici le téléphone portable ne passe pas et il n’y a pas de wifi. Prêts pour une cure de détox digitale ?

 

Informations pratiques :

Le prix de la demi-pension (repas, nuit et petit-déjeuner) : 46 € au printemps et 41 € l’été.

La différence de tarif s’explique par le ravitaillement du refuge qui se fait en hélicoptère au printemps.

 

Retrouvez le site web et la page Facebook du refuge.

 

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