Rencontre avec Paul Bonhomme : montagnard global !

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Alpinisme, ski de pente raide avec moult premières, grimpe, trail, himalayisme, Paul Bonhomme aime mélanger les genres et prône l’aventure à la porte de chez lui. WELOVESKI a interviewé ce sacré bonhomme, guide de haute montagne, mais aussi conférencier et futur écrivain. Interview.

Il a gravi et descendu les quatre Faces de L’Aiguille Verte en 2018. En février 2019, il a réalisé la première descente sur la face Est de la colossale Dent Blanche (4357m) et l’a baptisée « Nico » du nom de son grand frère disparu il y a 20 ans. Il a rallié Serre-Chevalier en courant et en ski depuis Cercier en Haute-Savoie en hommage à Eric « Bob » Bobrowicz, son équipementier de ski disparu en 2018… Paul Bonhomme enquille les bornes, le dénivelé positif et les pentes extrêmes avec brio et humanité. Ses idées peuvent paraître loufoques au commun des mortels. Sauf que ce jeune quadra, papa de quatre enfants est réfléchi et très expérimenté. Derrière ses exploits, du travail et beaucoup d’entraînement.

Rencontre au sommet des Aravis, la Pointe Percée où Paul Bonhomme ouvrira une nouvelle ligne avec Pierre Tardivel, son mentor, fin janvier 2019. © Sandra Stavo-Debauge

Rencontre au sommet des Aravis, la Pointe Percée où Paul Bonhomme ouvrira une nouvelle ligne avec Pierre Tardivel, son mentor, fin janvier 2019.
© Sandra Stavo-Debauge

WELOVESKI : vous faites de la pente raide, mais vous êtes né dans le plat pays ! Comment êtes-vous arrivé au ski ?

Paul Bonhomme : Je suis né de parents néerlandais en Belgique où j’ai passé mes quatre premières années. Puis j’ai vécu mon enfance et mon adolescence en banlieue parisienne. Cadet de quatre enfants, vers l’âge 2 ans j’étais déjà sur des skis pour  suivre mes frères et ma sœur. Nous passions toutes nos vacances d’hiver et un mois en été en Suisse dans le Val d’Hérens où mes parents avaient un petit chalet. Cet endroit nous a donné l’envie d’aller en montagne, à mon frère et moi.  J’aimais ça, mais jamais je ne me suis dit que j’allais en faire mon métier. Mon accès à la montagne s’est fait en plusieurs temps.

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WELOVESKI : Vous êtes d’abord passé par l’escalade avant de pratiquer la montagne au sens large ?

Paul Bonhomme : Oui, c’est mon grand frère Nico de six ans mon aîné qui m’a tiré vers l’escalade, j’avais 12-13 ans. A 16 ans je voulais être champion du monde d’escalade.

 

WELOVESKI : Vous êtes devenu guide de haute montagne ?

Paul Bonhomme : Ayant envie de montagne, j’ai rejoins mon frère dans les Alpes du Sud. Je me suis d’abord préparé pour le métier d’accompagnateur de moyenne montagne avant de me former pour le monitorat de ski. Sauf que le ski de compétition dans les piquets ne me convenait pas. Alors, je me suis entraîné comme un dingue en escalade, cascade de glace et ski de rando. J’ai fini en 2 ans ma liste de près d’une centaine de courses en montagne pour « le guide ». J’ai eu le probatoire avec un 20/20 en escalade et obtenu mon diplôme de guide à 30 ans.

 

WELOVESKI : Vous avez fêté vos 30 ans sur un 8000 m !

Paul Bonhomme : Oui, je n’étais jamais monté plus haut que le mont Blanc et en 2005 j’ai l’opportunité de me joindre à deux amis pour une expédition sur le Cho Oyu qu’ils voulaient skier. Je rêvais de découvrir l’Himalaya, mais je ne pensais pas les accompagner jusqu’au sommet ! Arrivés vers le 6 septembre au camp de base, le 20 septembre, jour de mes 30 ans on était au sommet, sans oxygène et sans sherpa. Quel cadeau d’anniversaire !

 

WELOVESKI : Comment est venue votre envie de faire de la pente raide à ski ?

Paul Bonhomme : Des pentes raides j’en skie régulièrement depuis 20 ans. J’ai attaqué les premières petites pentes avec mon grand frère dans le briançonnais, des pentes à 40° à peine. Il m’a appris les virages sautés, j’avais 18-19 ans.

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WELOVESKI : Vous êtes entré dans l’histoire de l’alpinisme en signant une ouverture ultime dans le Nant Blanc dans le massif du Mont-Blanc en juin 2018, comment vous est venu cette idée ?

Paul Bonhomme : Je me suis toujours senti bien dans la pente. L’idée de skier le Nant Blanc m’est venue en préparant mon projet “4faces”, qui était de monter et skier sur les quatre faces de l’Aiguille Verte. Cette ouverture d’une variante du Nant Blanc avec le skieur de pente raide Vivian Bruchez fait partie des plus belles descentes que j’ai jamais skiées. Dans mon panthéon des plus belles pentes extrêmes figurent aussi la voie « Aux rêveurs » en face sud du Charvin, dans les Aravis, le Lagarde avec une variante de départ et bien sûr la face Est de Dent Blanche.

 

WELOVESKI : Quelles sont vos recommandations pour s’attaquer au ski de pente raide ?

Paul Bonhomme : Séparez bien le freeride de la pente raide qui nécessite d’apprendre la montagne dans toutes ses dimensions. Multipliez les pentes sans exposition. Soyez curieux : apprenez à skier dans de la neige pourrie et pas uniquement en poudreuse, remontez ce que vous souhaitez skier, faites de la cascade de glace, de l’alpinisme… Le ski de pente raide nécessite de savoir « lire » une pente : savoir où passer, quand mettre les skis sur le dos, quand sortir la corde pour le rappel, savoir cramponner pour avoir le pied sûr dans toutes les situations. Le cramponnage, c’est l’assurance vie du skieur de pentes raides. Surtout : sachez renoncer.

 

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Son blog : http://your.mountains.over-blog.com/

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