La saga des remontées mécaniques – Episode 1/3

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En dévalant les pistes, songez-vous à l’inventivité déployée pour que vous puissiez remonter la pente ? En France, en cinquante ans, les remontées mécaniques sont passées d’un débit horaire de douze personnes à plus de quatre milles ! WELOVESKI vous narre l’évolution des remontées mécaniques en trois épisodes.

Le ski est né bien avant les remonte-pentes !

Le ski fut d’abord un moyen de déplacement utilisé par l’armée. En 1907, le premier concours de ski international a lieu à Montgenèvre sous l’impulsion de l’Etat-Major militaire français. Le ski devient alors un loisir, mais les skieurs suent corps et âme pour remonter les pentes qu’ils viennent de descendre. Le remonte-pente existe déjà, « les militaires ont compris l’importance du téléphérique comme moyen d’accès sur les cimes. Durant la première guerre mondiale, ils utilisent des câbles pour ravitailler le front des Alpes », raconte Pierre Montaz, un des pionniers du transport par câble en France avec Jean Pomagalski. Le remonte-pente dédié au ski reste à inventer et Montgenèvre attendra 1936 pour avoir sa première remontée mécanique, un téléski Bleichert-Contam, Le Prarial.

L’Eclose, le 1er téléski de l’Alpe d’Huez a participé à l’essor de la station © Barrett/L’Alpe d’Huez

L’Eclose, le 1er téléski de l’Alpe d’Huez a participé à l’essor de la station
© Barrett/L’Alpe d’Huez

Entre deux guerres : au commencement furent les téléphériques

Chamonix, 1924, année des premiers jeux olympiques d’hiver avec, comme épreuve pour le ski, du combiné nordique : ski de fond et saut à ski. Si la première remontée mécanique de l’histoire du tourisme se dresse cette année-là dans la capitale de l’alpinisme, c’est pour que les piétons accèdent au panorama. Sauf que les skieurs détournent ce « funiculaire aérien » des Glaciers de son usage premier, ils se pressent dans le premier téléphérique à vocation touristique de France.

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Il faudra attendre 1933 pour que le premier téléphérique au monde dédié au skieur soit mis en service : le téléphérique de Rochebrune à Megève parcourt en huit minutes 1954m, 602m de dénivelés, et transporte douze skieurs à l’heure ! Les deux premières cabines sont à ciel ouvert, exposant les skieurs aux intempéries. Elles sont remplacées en 1934 par des cabines fermées de vingt quatre places. Megève se dote aussi d’un second téléphérique, celui du mont d’Arbois en 1935. Morzine avec Le Pleynay et Saint-Gervais avec Le Bettex inaugurent le leur en 1934. Aux Houches, Le Bellevue est mis en service en 1936.

Serre-Chevalier inaugure en 1941 le plus long téléphérique d’Europe : le Chantemerle déroule ses câbles sur 4km et 1133 m de dénivelé. En 1942, c’est au tour de Val d’Isère de s’équiper avec le Solaise.

Le coût d’exploitation d’un téléphérique s’avère dispendieux pour un faible débit horaire. Des solutions plus économiques restent à trouver.

Tout était bon pour remonter la pente au début du XXe siècle ! Photo du musée Alpin de Chamonix

Tout était bon pour remonter la pente au début du XXe siècle !
Photo du musée Alpin de Chamonix

Les montes-pentes divers et variés des années 30 

Elles viennent de la Suisse où le premier téléski est installé à Bolgen près de Davos en 1933. Inventé par l’ingénieur Ernst Constam et breveté Bleichert-Contam, il n’a pas grand chose à voir avec les téléskis que l’on connaît aujourd’hui. Les pylônes sont en bois et le skieur est tracté par un archet monoplace. En 1935, Bleichert-Contam inaugure à Megève un téléski de 55 mètres de long et 133 mètres de dénivelé avec un débit de 400 skieurs/h, puis celui de Montgenèvre un an plus tard.

Vestiges de la gare des Glaciers, premier téléphérique à vocation touristique de France à Chamonix en 1924. © Sandra Stavo-Debauge

Vestiges de la gare des Glaciers, premier téléphérique à vocation touristique de France à Chamonix en 1924.
© Sandra Stavo-Debauge

Le premier téléski avec attache débrayable est inventé par un grenoblois, le père Rossa. Il l’installe en 1934 au Col de Porte, en Chartreuse, dans une clairière en pente douce. Les poteaux sont équarris sur place et enfoncés dans le sol. Un moteur à essence fait tourner l’appareil et il faut cinq employés pour assurer son exploitation. Le skieur n’est pas assis, il agrippe une barre en bois à deux mains.

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Le père Rossat a dû user des poings pour défendre son installation. Les membres du CAF (Club Alpin Français) la trouvait insultante pour la nature et se rendaient fréquemment au Col pour la démolir ! Cet engin intrigue un autre grenoblois, Jean Pomagalski. Il installe son monte-pente, un téléski à traction par « sellette », en 1936 à l’Alpe d’Huez. Baptisé l’Eclose, le nom fut bien choisi puisque Pomagalski deviendra leader sur le marché ! C’est sur cet appareil qui tourne avec un moteur de camion américain Perkins de la guerre de 14-18, que Pierre Montaz, émule du père Poma, tend la perche aux skieurs en 1940. La France n’a qu’une vingtaine de téléskis.

Pierre Montaz va connaître les stations encore vierges. Il participera à l’évolution technique des différents types d’appareils et construira plus de 2000 transports par câble avec son entreprise Montaz-Mautino créée en 1950.

 

Dans le prochain épisode : des téléskis d’après-guerre aux télébennes.

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