La station de montagne du futur : comment skierons-nous en 2035 ?

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A quoi ressembleront les stations du futur ? D’ailleurs, y-aura-t-il encore de la neige en 2035 ? WELOVESKI se lance dans une prospective en s’appuyant sur des témoignages d’expert.es dont celui d’Armelle Solelhac. La fondatrice et PDG de l’agence SWiTCH consulte pour les plus grandes stations de montagne dans le monde.

Armelle Solelhac, experte en prospective et stratégie marketing, fondatrice de l’agence SWiTCH, nous livre les grandes tendances dans le tourisme d’ici à 2035 : « trois grandes tendances se dessinent. La première, c’est le passage d’un tourisme de masse à un tourisme d’espace plus élitiste dans des lieux peu fréquentés avec une qualité de service maximale et des relations humaines fortes. On aura une vraie opposition entre tourisme virtuel et tourisme physique. La deuxième tendance, c’est un monde sans friction où l’expérience globale de voyage sera la plus fluide possible. La troisième, c’est l’hyper tourisme c’est-à-dire soit un tourisme hyper connecté, soit un tourisme hyper déconnecté ». Armelle Solelhac relève par ailleurs que les stations auront beaucoup de défis à surmonter, outre le réchauffement climatique, comme « l’évolution démographique et la retraite des baby boomers, le désintérêt des plus jeunes pour le ski, le faible renouvellement de la clientèle, la concurrence mondiale des activités de vacances et de loisirs, etc. ».

La Mer de Glace à Chamonix en juin 2019. Les bouleversements climatiques affectent en premier lieu la montagne : déjà +2°C de réchauffement dans les Alpes…

La Mer de Glace à Chamonix en juin 2019. Les bouleversements climatiques affectent en premier lieu la montagne : déjà +2°C de réchauffement dans les Alpes…

La montagne du futur, version utopique

Armelle Solelhac s’est placée du point de vue de l’utilisateur et des usages sans prendre en compte les aléas climatiques pour vous livrer sa vision utopique de la montagne du futur : « les stations de montagne viseront à développer la proximité relationnelle et le partage des valeurs de la montagne. Elles privilégieront la qualité de vie et le ressourcement. Elles proposeront des offres hyper personnalisées et expérimenteront de nouveaux outils numériques. La nature sera préservée avec une gestion durable qui cohabitera avec les activités humaines grâce à l’implantation d’’installations pilotes comme les fermes solaires par exemple. L’accessibilité et la mobilité seront facilitées par des ascenseurs valléens par câble et/ou drônes et le développement de la mobilité douce intra station. Les bâtiments à énergie passive seront multi-usages. Ils comprendront des logements principaux, hôtels, des appartements en résidence locative, du co-working, des salles de sports, piscine, laundry rooms : tous ces espaces partagés permettront d’accéder à des services gérés par une e-conciergerie. La réglementation sera adaptée à chaque destination, mais aura pour dénominateur commun de toujours mettre la nature, puis l’homme et enfin le business au centre des préoccupations. Enfin, la station sera ouverte toute l’année avec la création de lieux de vie et de laboratoire d’expériences partagées ».

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Ça chauffe dans les Alpes

La question cruciale est de savoir si nous skierons encore à l’horizon 2050, tant les bouleversements climatiques affectent la montagne et impactent l’enneigement. « Les Alpes sont le château d’eau de l’Europe. Or elles ont gagné 2°C, soit le double de l’évolution des températures planétaires, avec un impact sur la neige, la glace, l’hydrologie », rappelait Martin Beniston, chercheur de l’université de Genève, lors de la 5ème université des Alpes en octobre 2018.
Le futur s’annonce contrasté selon l’altitude des stations de ski, leur situation géographique. Plusieurs scénarios sont possibles : les scénarios optimistes si on limite le réchauffement. Les plus pessimistes, si on accroît encore les émissions de gaz à effet de serre, entraîneraient des réactions en cascade…
Les résultats d’une étude(1) parue dans Scientific Reports appliqué à 129 stations des Alpes françaises en considérant un taux de couverture en neige de culture de 45% (soit le niveau d’équipement attendu en 2025), permettent d’envisager de façon quantitative l’impact du changement climatique sur l’enneigement dans les stations de sports d’hiver. Les voici : en 2050, quel que soit le scénario climatique, un taux de couverture de 45 % de neige de culture permet de maintenir des conditions d’enneigement, agrégées pour toutes les stations, comparables à la situation de référence sans neige de culture (1986-2005). Un enneigement défavorable demeure possible certaines années, mais pas plus souvent que pendant la période de référence. En revanche après 2050, la situation est relativement stabilisée dans le scénario « bas », et empire fortement jusqu’à la fin du siècle dans le scénario « haut ». Ces résultats scientifiques doivent être complétés par des analyses socio-économiques notamment concernant l’impact de la neige de culture sur le prix des forfaits et l’attractivité des stations… mais aussi son impact sur la ressource en eau, alors même que les stations de montagne connaissent des périodes de sécheresse récurrentes.

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Le futur se préparant dès maintenant, il est urgent de réduire ses émissions de gaz à effet de serre et de privilégier les mode de déplacement doux pour se rendre en station.
En 2035, beaucoup de skieurs se passeront des remontées mécaniques, le ski de randonnée, le goût de l’effort et l’envie de retour à la nature étant devenu viral !

Plagne Aime 2000

Le projet Plagne Aime 2000 veut réinventer la station de demain
© Plagne Aime 2000

Note
(1)Deux études sur l’évolution future de l’enneigement des stations des Alpes et des Pyrénées au cours du 21e siècle, menées par le Centre national de recherches météorologiques (CNRM, Météo-France/CNRS associé à l’Université de Toulouse, et à l’Université Grenoble Alpes concernant le Centre d’études de la neige) et les unités LESSEM (Laboratoire écosystèmes et sociétés en montagne) et ETNA (Erosion torrentielle, neige et avalanches) d’lrstea Grenoble, ont été publiées dans The Cryosphere (24 avril 2019) et Scientific Reports (29 mai 2019).

 

Pour aller plus loin :
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https://www.irstea.fr/fr/toutes-les-actualites/territoires/domaines-skiables-francais-futurs-contrastes-pour-lenneigement-au

Un exemple de station du futur avec le Projet La Plagne –Aime 2000 :
https://www.youtube.com/watch?v=MbrCgjs7pvo

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