Pistes de velours : la préparation et l’entretien des pistes.

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De nos jours, dès 9h du matin, vous skiez sur des pistes impeccables. Tout a été préparé pour vous dans la nuit par une armada de dameurs professionnels aux commandes de leur machine de plus de dix tonnes.  Ils tassent la neige afin qu’elle dure toute la saison et la fraisent pour qu’elle soit douce à skier. WELOVESKI vous fait découvrir ce travail d’orfèvre de la neige.

Flashback

Dans les années 50, les pistes n’étaient pas damées. Si on voulait skier dans de bonnes conditions, il fallait se préparer sa piste !  « Pour préparer les pistes des championnats de France de ski à La Clusaz l’hiver 1959/1960, le travail était harassant, car de 8 à 17h, 7 jours sur 7, nous ne quittions pas les skis. Il fallait couper le sommet des bosses, combler les creux en cassant les blocs de neige durcie et les écraser avec nos « planches ». Pour damer il faut déplacer latéralement les skis l’un après l’autre et terminer la préparation des pistes par un lissage obtenu par un dérapage », écrit Pierre Goy dans son livre “Les corbeaux du lac, Souvenirs d’un enfant de La Clusaz 1948-1960« .

DAMAGE COURCHEVEL©CARNAL  (2)

L’armada de dameuses de Courchevel
Crédit : Christian Arnal / S3V

La préparation des pistes se fait dès l’été !

Courchevel fut l’une des premières stations à saisir l’importance du travail du manteau neigeux. « Lorsque je suis arrivé à Courchevel en 1954, le problème consistait à monter les gens en haut des pistes… J’ai étonné en expliquant qu’il fallait aussi s’occuper de mieux faire descendre les clients ! J’ai toujours dit qu’une piste de ski devait être engazonnée comme un terrain de golf. »; écrivait Emile Allais en préface du livre “Courchevel” paru pour le cinquantenaire de la station en 1996. « Les stations alentour rigolaient bien de cette lubie d’Emile Allais de raboter les pistes pendant l’été pour les rendre aussi lisses qu’un golf. Mais tout le monde y est venu et a ré-engazonné ses pistes l’été car ça permet de skier avec 10 à 15 cm de neige », se souvient Robert Fougerousse, ancien moniteur de ski, né en 1940.

>>  La neige de culture

 

L’homme et la machine

Il a fallu attendre les années 60 pour skier sur des pistes de velours avec l’arrivée des dameuses, et c’est encore grâce au visionnaire Emile Allais qui a importé des USA le premier snowcat en 1958. Courchevel a inauguré le principe du damage mécanique consistant à couper les bosses avec la lame située à l’avant de la machine puis à aplanir la neige avec la fraise (un rouleau) à l’arrière. Mais il fallait encore beaucoup d’huile de coude pour damer les pistes pentues car les premières machines ne pouvaient damer que des pistes plates. Les pistes raides inaccessibles étaient damées et lissées aux pieds, les bosses coupées à la sape –sorte de pioche- !

L’arrivée des premières fraises à neige et des lames fut une révolution pour couper des bosses. « Les snowcats tiraient d’abord des rouleaux, sorte de grillages qui faisaient 8m de large. Puis sont arrivés les Powder Maker, ancêtre de la fraiseuse, qu’on passait sur la neige dure pour redonner une couche de grains fins pour un ski plus souple et confortable ». Le fraisage est un des secrets d’un damage réussi ; « il permet de broyer et de ré-oxygénéer la neige pour constituer un tapis. Pour cela il faut aller doucement, c’est un travail très fin » expliquait Thomas Thor-Jensen, ancien directeur de la S3V à Courchevel.

Autre évolution notable : l’arrivée des dameuses à treuil tractées par un câble pour remonter la neige dans les pentes raides. En effet les skieurs poussent la neige vers le bas, or les machines doivent la pousser vers le haut pendant la nuit afin de reconstituer le manteau neigeux.

Damage©AlexisCornu

Les dameuses entrent en scène la nuit. Ici dans les 3 Vallées.
Crédit Alexi Cornu / S3V

Des machines de près de dix tonnes

Aujourd’hui ces grosses machines de huit à neuf tonnes développent jusqu’à 450 chevaux, consomment près de 200 litres de diesel par sortie et coûtent entre 220 000 et 350 000 € pièce (pour les machines à treuils). Les dameuses sont ultra modernes avec un cockpit qui ressemble à celui d’un avion de ligne : informatisées elles sont toutes options – caméras de recul, siège baquet, sonde pour connaître la hauteur de neige, etc.- afin que le chauffeur puisse travailler pendant huit heures avec beaucoup de précision. A Courchevel La Tania, les chauffeurs font les 2×8 : une moitié roule de 17h jusqu’à minuit et l’autre de 1h jusqu’à 9h du matin. Il ne suffit pas d’avoir des machines performantes pour un damage réussi, il faut des chauffeurs passionnés.

>>  La saga des remontées mécaniques – Episode 1/3

 

Notez que quelques stations proposent de vivre l’expérience avec les chauffeurs de rattrack, confortablement installés dans le cockpit chauffé.

 

En piste !

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