Snowmaker : la culture de la neige

84

Le snowmarker ou nivoculteur a-t-il le culte de la neige ? Son métier consiste en tout cas à la cultiver. La production de neige de culture est complexe et coûteuse. WELOVESKI vous en dit plus sur la fabrique du flocon artificiel.

La garantie neige

L’enneigement naturel pâtit du réchauffement climatique. Les stations de ski investissent massivement dans la production de neige de culture, un palliatif pour s’assurer de leur avenir (à court terme). Elle leur permet de « sauver » les débuts et fins de saisons difficiles. La garantie neige en somme.

En France, les premiers équipements remontent au début des années 1980 : Chalmazel dans la Loire fut la première station à fabriquer de la neige artificielle, suivie de Villard de Lans et de Flaine. A Courchevel, les premiers canons à neige (on les appelle aujourd’hui enneigeurs) furent installés sur la piste des Verdons en 1983, alors que personne ne croyait encore à ces enneigeurs ! Trente cinq ans après, la station des 3 Vallées est en capacité de couvrir 60% de son domaine skiable en neige de culture avec 600 enneigeurs haute-pression. Avec une trentaine d’année de recul, elle gère au mieux la production ; « on sait où il faut en faire, quand et combien. On ne se prive pas pour assurer l’enneigement ! », nous confiait Thomas Thor Jensen, le directeur des remontées mécaniques. L’objectif de la station dans les dix années à venir, est de couvrir 90 -95% du domaine.

Neige de culture

La neige de culture ne sera jamais aussi douce à skier que la neige naturelle. Mieux vaut donc être prévenu, car elle est aussi plus traumatisante en cas de chute.
Crédit : Sandra Stavo-Debauge

La fabrique du flocon : une artillerie lourde

Pour produire de la neige de culture, rien de plus simple, du moins en apparence : il faut mélanger de l’eau et de l’air, à température spécifique, en général -3, -4°C. « Aujourd’hui, on peut faire 75 000m3 de neige en 24h (soit un terrain de foot avec 117m de neige dessus !) », annonce Courchevel.

>>  Liv Sansoz, 82 fois au sommet !

Comme il faut de l’eau pour produire de la neige, et que l’eau se fait de plus en plus rare en montagne, des retenues collinaires ont fleuri un peu partout en station depuis une quinzaine d’années. Forte de 500 enneigeurs, Serre Chevalier en a créé cinq, en altitude à plus de 2000m. L’eau puisée dans les ruisseaux au moment opportun et de façon raisonnée est stockée dans les retenues collinaires avant d’être utilisée par gravité pour produire de la neige. Pour cela, elle passe par les pompes de l’usine et est envoyée jusqu’au sommet des pistes par un système de tuyauterie pour alimenter les enneigeurs. A Courchevel, ce sont 65 km de tuyauterie qui partent de l’usine à neige des Verdons pour rejoindre les enneigeurs.

Maintenance et production de neige de culture sont gérées depuis les usines à neige où tout est automatisé : ouverture des vannes, pompage de l’eau, déclenchement dès la température voulue, etc. Serre Chevalier en compte onze et emploie une équipe permanente de six personnes à l’année pour la maintenance et, en hiver, ce sont quinze personnes qui travaillent toute la nuit pour produire.

 

Le nivoculteur

La fabrique du flocon convoque donc installations ultra-pointues, ressources naturelles et ressources humaines. Le métier de nivoculteur est l’un des plus techniques. Il consiste à la gestion d’une installation de neige de culture, de son fonctionnement et de sa maintenance. Il faut toucher à tout et avoir des connaissances en hydraulique, électricité et mécanique… L’œil du nivoculteur reste indispensable sur le terrain pour aller régler les perches la nuit.

Neige artificielle

Il neige de la neige artificielle ! Avant l’ouverture de la station de La Clusaz, la production de neige de culture bat son plein, même si la neige naturelle recouvre déjà les pistes… C’est désormais le cas dans toutes les stations équipées d’enneigeurs pour « sécuriser » la saison d’hiver.
Crédit : Sandra Stavo-Debauge

Combien ça coûte ?

La production de neige de culture à Serre Chevalier qui peut enneiger un tiers de son domaine skiable avec quelques 500 enneigeurs représente un tiers de consommation électrique globale du domaine skiable. La station des Hautes-Alpes se fournit en énergie verte (éolienne et hydroélectrique).

>>  Les métiers de la montagne : A la rencontre d’un pisteur-secouriste

Si de gros progrès ont déjà été faits sur la qualité de la neige (qui reste tout de même bien en-deçà de la neige naturelle et qui est aussi plus traumatisante en cas de chute), sur la capacité de production et sur la consommation énergétique, faire plus avec moins reste un objectif majeur.

A Courchevel, le prix de production d’1m3 de neige est de 2€50 (il comprend l’amortissement, la maintenance, les frais de fonctionnement, le personnel). 1,3 millions de m3 sont produits par an, faites le calcul !

 

L’or blanc porte bien son nom…

84